8.5/10JCVD

/ Critique - écrit par knackimax, le 05/06/2008
Notre verdict : 8.5/10 - Jean Clown Van Drame (Ecrivez votre critique)

Tags : jean van damme claude film jcvd cinema

 

 

Tout commence par une histoire d'une simplicité enfantine. C'est l'histoire d'une star du cinéma d'action déchue et en plein décalage horaire qui va à la poste dans sa banlieue bruxelloise natale. Il se retrouve alors pris en otage par des braqueurs en pleine action frauduleuse. Malheureusement tout se passe mal et Jean-Claude Van Damme se retrouve propulsé cerveau de ce casse, télé à l'appui et fans en délire qui retiennent leur souffle mais pas leur cris. Il faut dire que ces derniers temps sa vie s'écroule. Il a 47 ans, sa femme divorce et réclame la garde de sa fille, son producteur ne lui propose rien d'intéressant si ce n'est pour sa carrière déjà bien entamée, il est fauché et fatigué de ce rythme de dingue : dans ces circonstances, tout est possible sauf la réalité.

Et d'emblée, la distance se creuse avec n'importe laquelle de ses apparitions télévisuelles. Car dès l'instant où Jean-Claude pose son regard glacé sur l'écran, il ne joue plus et pourtant il le joue si bien. Le film commence par un long plan-séquence dans lequel Jean-Claude Van Damme se défoulera pour la seule et unique fois du film. Après une monumentale dérouillée de 50 ennemis au bas mot,
des explosions dans tous les sens, des morts sans sang et tout ce qu'il y a de plus connu dans les codes repassés du genre, JC se retrouve devant le réalisateur et lui explique que ce n'est pas si facile que ça à 47 ans... Celui-ci ne l'écoute pas et notre héros s'en va, tournant le dos à une caméra qui ne l'aime plus dans son ensemble treillis marcel qui fit sa gloire. Après cette légère présentation douteuse, il se fait aligner devant les juges pour la garde de sa fille, avec preuve à l'appui de la morale qu'il inculque dans ses films d'une violence inouïe. Sa fille témoigne même que les enfants se moquent d'elle car son père est un clown. Il s'efface de cette scène également pour aller aux toilettes. Puis s'ensuit un rendez-vous chez son producteur, et ainsi de suite jusqu'à ne plus montrer que le dos de cet homme démissionnaire, et faible dans sa force, mangé par ces situations ordinaires d'une destinée extraordinaire...

Jusqu'à ce moment où la Belgique l'accueille en son sein et le regarde d'en bas, tel un homme du peuple qui va à la poste.

« Toi, quand j'aurai besoin d'apprendre à faire le grand écart entre deux chaises j'te sonnerai. »

Alors que les gens le prennent en photo, le klaxonnent et lui serrent la main, l'humanisme du personnage qu'il joue se confond avec cet acteur fougueux et lapidaire que nous connaissons. Son humour et ses phrases cultes s'intègrent enfin à un paysage reconnaissant et presque similaire au monde qu'il nous laisse
entr'apercevoir depuis ces quelques dernières années d'interviews et de documentaires. En une phrase brève on pourrait parler d'un retour aux sources ou bien tout bêtement du Colonel Guile qui « rentre à la maison » ou encore de Lyon Gautier qui retrouve sa famille. Le visage buriné et fatigué Van Damme devient alors une autre voix, un autre homme bien plus vulnérable et humain. Il est petit de près, pas gentil quand il est fatigué, mais beau que devant une caméra, il est plein de ces défauts qui font le paysage humain en un sens. Il devient même otage de son propre succès par un hasard fortuit qui le mène à se poser enfin les bonnes questions. A avoir les bonnes discussions même quand il ne s'agit pas des meilleurs interlocuteurs.

« John Woo est un enculé !
- Non faut pas dire ça.
- N'empêche que sans toi il pouvait toujours filmer ses colombes à Hong Kong.
- Oui mais moi je le remercie pour
Volte Face.
- Il aurait pu te prendre dedans.
- Oui il aurait pu »

Vous l'aurez compris maintenant, il s'agit d'un film témoignage, un hommage à lui-même, une auto critique pas si nombriliste que ça car pleine d'humilité. L'homme apparait derrière la star et se révèle sans se cacher, laissant son ombre le protéger sans inquiétude. Bien évidemment, il joue de sa capacité à accepter la critique et à encaisser les paroles blessantes mais avec une franchise complètement assumée. Il ne s'agit pas de prouver quoi que ce soit ici mais juste
de suivre sa ligne de conduite en donnant tout ce qu'il a en lui du bon au plus mauvais. Il s'appuie enfin sur un scénario qui met en scène ses multiples facettes pour nous exprimer le fouillis qui l'envahit à chaque fois qu'on lui demande d'ouvrir la bouche. Même les anecdotes qu'on connait sur sa vie sont évoquées ici sans langue de bois sans même avoir l'impression de parler autrement qu'il le ferait dans une situation similaire, sans magnification intense. Il fait alors bon de l'accompagner dans son périple autour des sommes aberrantes et de la psychologie des noix et de l'eau. On finit par comprendre tout en riant.

« Ils ont pris Steven Seagal pour ce projet. Il a accepté de couper sa poney tail. »

Mais n'oublions pas de parler du film n'est ce pas. La photographie est maîtrisée et son ton glauque et surexposé mêle les tons de vert et de blanc avec une expertise de virtuose. Si le style peut sembler agressif à certains il ne peut toutefois pas être critiqué au niveau technique. La direction d'acteur est aussi impeccable qu'improbable. On sent une exactitude dans le dosage de l'improvisation et des limites d'un scénario qui n'en a au bout du compte que très peu étant donné que les limites se trouvent au plus profond de la tête très vaste de notre personnage principal. Les acteurs secondaires ont de très bonnes compétences complémentaires et savent se tirer une part très honorable de l'interprétation sous leur couverture. Il n'y a pas de chouchou ici que des acteurs professionnels ou pas mais qui savent jouer. Excellente composition de Zinedine Soualem et Karim Belkhadra. Mention particulière à la conductrice du taxi dont l'interaction avec Jean Claude est un des moments les plus drôles et sincères dans le genre. Le ton léger de l'humour belge omniprésent apporte une fraicheur à l'ensemble qui rend le
spectacle particulièrement distrayant et efficace. L'un dans l'autre, avec toutes les composantes sus-cités et un soupçon de philosophie moitié placard, moitié Tao Te King de Lao Tzeu, on se trouve dans un film multivers et multigenres. En effet, on passe du sourire aux larmes en l'espace de 3 secondes. La situation de tension extrême est rendue à merveille. Puis elle est suivie par un moment intemporel où JCVD se retrouve dans une pièce avec les autres otages qui regardent un medley de ses interviews en essayant de ne pas rire. Les situations cocasses et pertinentes se multiplient en parallèle de la construction en poupées russes d'une intrigue assez simple pour constituer un excellent huis clos et donc un Tête à Tête avec Van Damme. Celui-ci en profitera pour exprimer toutes ses frustrations dans un monologue édifiant où il nous prouve en plus de sa sincérité bouleversante, ses capacités d'acteur et de grand amuseur publique volontaire et bénévole.

« La réponse avant la question »

Oui, JCVD est un bon film pour toutes ces raisons (et bien d'autres encore) qui en font une réponse anticipée à une question vide de sens quand on en connait déjà l'issue. N'ayez donc de crainte car il vous sera déjà donné l'envie de revoir le film avant de l'avoir terminé. A vrai dire les défauts de cette œuvre n'ont pas de sens et deviennent insignifiants devant tant de choses dites en si peu de temps. On aperçoit effectivement sans pour autant le toucher cet espace inter dimensionnel où "The Mussels from Brussels" devient un grand Messie des temps modernes.

« Quand une pierre tombe sur un œuf l'œuf casse. Quand un œuf tombe sur une pierre c'est l'œuf qui casse »

Cette phrase, dans une interview du bonhomme, nous ferait rire à chaudes larmes car elle serait suivie d'un nombre incalculable de paraboles touffues et délectables de son univers mental. Ici elles nous font rire parce que Van Damme est un clown puis pleurer car Jean-Claude Van Varenberg est un grand homme et qu'il a su s'intégrer à ce projet dont la bizarrerie est synonyme d'excellence et d'une honnêteté émouvante. La sobriété qui anime ces quelques lignes tel des chapitres secrets d'un livre d'image sont des instants de béatitude et de calme au milieu des scènes sans fin d'une histoire simple mais monumentale. Passer constamment d'un état d'immersion sordide à celui de la joie la plus expressive et libérée n'est même pas un effort douloureux ou pénible. Le dosage des différentes composantes du film en font un bijou brut que tout le monde peut toucher sans oser le voler. Car malgré le très bon travail d'équipe nécessaire à une réalisation de cette envergure, ce travail, cet aboutissement ne sont le fruit que de notre héros, cet homme raillé, meurtri, le dernier des hommes faibles au milieu d'un monde de dieux tel un prophète qui se joue de lui-même et de son image : un très grand JC VD.

"Enfin quelque chose comme ça..."