7.5/10Hommes et des dieux (Des)

/ Critique - écrit par nazonfly, le 21/09/2010
Notre verdict : 7.5/10 - Que la beauté soit (Ecrivez votre critique)

Plus qu'un film sur les conséquences de la colonisation, Des hommes et des dieux est une réflexion sur la spiritualité, sur le choix et sur le « vivre ensemble ».

L'enlèvement et l'assassinat des moines de Tibhirine a choqué la France en 1996, même si aujourd'hui encore les circonstances de leur mort ne sont pas clairement Cheese
On n'est pas bien comme ça, au frais ?
déterminées. Il semble certain que les moines ont été enlevés par le Groupe Islamique Armé (GIA) pour servir de monnaie d'échange avec un groupe de combattants du même mouvement, emprisonnés en France. La suite est plus floue. Le GIA a-t-il lui-même décapité les moines en guise de représailles ? L'armée algérienne a-t-elle fait une bavure magistrale en canardant les moines qu'elle était sensée libérer ? Les services secrets algériens ont-il manipulé l'histoire pour faire porter la responsabilité aux islamistes ? Quel est le rôle exact des antagonismes entre Marchiani et Juppé alors Premier Ministre ? Autant de questions auxquelles nous ne répondrons pas, car le film de Xavier Beauvois lui-même n'évoque qu'à peine cette fin trouble.

Une parenthèse de sérénité

Ray of light
Finalement c'est à l'intérieur qu'il fait plus frais
L'histoire des moines n'est en effet qu'un prétexte pour le réalisateur d'évoquer la fin de religieux, non pas perdus mais intégrés dans un pays qui n'est pas le leur. Suivant les règles de Saint Benoît, ils vivent leur journée rythmée par les services liturgiques et par le travail manuel : cuisine, jardinage, apiculture. Cette vie monacale résonne en nous comme un bienfaiteur retour aux sources, à un avant plein d'une spiritualité apaisante piochée en grande partie dans une interaction forte avec la terre et la nature. Sur ce point là, Des hommes et des dieux n'est d'ailleurs pas sans rappeler Le grand silence de Philip Gröning, documentaire tourné au Grand Monastère de la Chartreuse. L'un comme l'autre laissent les chants monastiques guider l'esprit du spectateur, l'un comme l'autre sont de véritables havres de paix dans un monde trop bruyant qui va trop vite, l'un et l'autre enferment le temps dans une parenthèse de quiétude. Le grand silence donne sans doute encore plus de substance à la spiritualité, au calme et à la recherche de soi ; mais Des hommes et des dieux a le mérite de ne laisser aucun spectateur sur le bord du chemin en s'appuyant sur un scénario qui met au centre de l'histoire l'humain, qu'il soit moine français ou villageois algérien.

Le dilemme d'une vie

OK podium
Qui veut un pastis bien frais ?
Car loin d'être cachés dans une tour d'ivoire, les huit moines sont au contact, et surtout au service, des Algériens. Ainsi le médecin soigne les petits bobos comme les bleus à l'âme d'une population effrayée par les terroristes qui ensanglantent le pays. Car, et c'est sans doute là l'une des choses qu'il faut retenir du film, il est possible de vivre ensemble, même si l'on ne partage pas la même vie, pas la même religion, pas la même culture. Du moment que l'on ouvre assez son esprit. Xavier Beauvois évite d'ailleurs soigneusement de prendre partie dans cette histoire et se concentre sur la vie des moines et leur impossible choix. Complètement intégrés dans la vie algérienne, ils font face à un éprouvant dilemme : doivent-ils partir et ainsi céder au terrorisme ou, au contraire, doivent-ils rester et suivre la voie qu'ils ont commencé de tracer ? C'est au moment de ce choix que le film prend vraiment tout son sens, porté par des acteurs qui, enfin, deviennent crédibles et habitent réellement leurs personnages. Notamment lors d'un plan absolument magnifique et poignant durant lequel les moines prennent conscience de leur probable mort sur un Lac des cygnes impressionnant de majesté et de noirceur.

La colonisation, la Guerre d'Algérie et leurs conséquences à plus ou moins long terme est un sujet sensible des deux côtés de la Méditerranée. Pourtant, Xavier Beauvois parvient à dépasser les événements troubles d'une partie de l'histoire franco-algérienne en proposant une réflexion sur la spiritualité, sur l'engagement religieux mais surtout sur la possibilité du « vivre ensemble », une notion bien souvent mise à mal.