8.5/10Good bye Lenin !

/ Critique - écrit par Selena, le 06/09/2003
Notre verdict : 8.5/10 - Une captivante leçon de vie et d'histoire (Ecrivez votre critique)

Tags : film bye good lenin alex histoire mere

Le cinéma allemand n'est pas a priori un genre qui fait rêver ou qui donne envie d'aller se poser sur le siège d'une salle obscure. Que nenni ! Fort de Cours Lola, L'expérience (quelques exemples récents), le cinéma germanique est en pleine forme et ne cesse de surprendre par la qualité de ses films et le talent de ses réalisateurs.

En Allemagne, Good bye Lenin! pourrait se comparer à ce que fut Amélie Poulain en France. Depuis février (date de sa sortie Outre-Rhin), le film a été vu par 6 millions d'allemands et a remporté de nombreuses récompenses, notamment aux Lolas, équivalents germaniques des Césars (meilleur film allemand, meilleur scénario, meilleur premier rôle masculin, meilleur second rôle masculin, meilleur montage, meilleurs décors, meilleure musique composée par Yann Tiersen).

09/11/1989 : un monde s'écroule avec un mur.
Un vulgaire mur haut de 3,60 mètres, long de 160 kilomètres, miné de 300 miradors qui symbolisait la scission d'un même peuple en deux parties ennemies pendant près de 40 ans : la RFA, Allemagne sous influence occidentale et la RDA, sous domination soviétique.
La vie de millions d'Allemands de l'Est va changer irrémédiablement, radicalement... D'une vie idéalement tournée vers l'égalité et le partage, une vie réglée par le parti, sous la haute mais « bienveillante » surveillance de l'Etat, on passe à une société de consommation libéraliste où les restrictions et les oppressions de tous genres (libertés, droits, pensées, etc.) semblent être enterrées avec ce foutu mur. Tout paraît possible, y compris les rêves.

Ce monde qui s'écroule en novembre 1989, Christiane Kern (Katrin Saß), Berlinoise-Est n'y a pas participé, ni même assisté. Elle était alors dans le coma suite à un infarctus. Son sommeil forcé lui a sauvegardé ses illusions, ses idéaux communistes, sa vie de membre actif de la communauté et du parti, à qui elle consacrait la moitié de sa vie, l'autre étant destiné à ses deux enfants qu'elle a élevés seule depuis que leur père est parti à l'Ouest.
Huit mois plus tard, elle se réveille... Pour ne pas risquer une nouvelle attaque peut-être fatale à sa mère, Alex (Daniel Brühl), 21 ans, décide de lui cacher la vérité sur les événements du Mur de Berlin, et cela par tous les moyens imaginables et inimaginables. Profitant de l'alitement provisoire de sa mère, il reconstitue avec acharnement la vie d'avant dans ses moindres détails du cornichon de Spree (authentique cornichon de la RDA, mais introuvable dans les magasins depuis l'ouverture du marché), aux émissions télés recréées et réactualisées spécialement pour elle.

En quoi le film est-il si populaire et fédérateur ?
La réponse est en partie dans les propos du réalisateur Wolfgang Becker : "Ce qui était fascinant, c'était de lier cette histoire d'amour filial et totalement privée, avec l'énorme choc provoqué par la chute du Mur, entraînant l'anéantissement de toutes les valeurs avec lesquelles les Allemands de l'Est ont vécu pendant tant d'années, l'idée folle de ce fils qui voulant préserver la vie de sa mère, orchestre un mensonge qui le dépasse, et dans lequel il s'empêtre de plus en plus avec comme toile de fond cet évènement considérable."
Le film est avant tout une très belle histoire d'amour entre un fils et sa mère, une histoire de rêves, des rêves qui s'effilochent, des illusions qui partent en fumée, des rêves que l'on veut préserver envers et contre tous, envers et contre tout.
L'histoire privée de la famille Kern rappelle l'Histoire des Allemands même, une famille disloquée, où les antagonismes et les séparations sont imposés arbitrairement, injustement.
Sans prendre parti, le film offre une lucide et intelligente leçon d'histoire sans aucun misérabilisme, sans aucune lourdeur indigeste. La page d'Histoire, qui est ici abordée en filigrane, gagne en véracité, en profondeur et en humanité en remettant à jour le quotidien, le vécu des Allemands de la RDA, et des Allemands d'une Allemagne "réunifiée", avec des souvenirs parfois tristes, parfois joyeux. Comme le souligne Becker : "La réunification n'a pas pour autant résolu ces drames. De la DDR (Deutsche Democratische Republik) il semble qu'il ne soit rien resté, mais les souvenirs sont restés les mêmes. Et j'ai essayé de respecter le plus possible ces souvenirs parce que la mémoire est fondamentale pour nous tous". Beaucoup d'Allemands, qui fondaient de grands espoirs sur la réunification, ont été finalement amèrement déçus ou sont nostalgiques de l'ancien régime. Des désillusions bien rudes, suggérées dans le film, par le cas de ce cosmonaute, ancien héros du parti, reconverti en simple chauffeur de taxi, ou encore le cas de cette étudiante brillante qui abandonne ses études pour travailler dans un fast-food.
La surprenante beauté du film tient également dans l'étroit lien, le dosage habile entre drame et comédie. L'humour extravagant adoucit, d'une touche de fantaisie, le contexte difficile. Les acteurs sont aussi irréprochables, sachant donner beaucoup de justesse et d'authenticité à leurs rôles. Quant à la musique de Yann Tiersen, elle contribue pour une large part à l'ambiance douce-amère du film.

A la fois léger et grave, Good bye Lenin! est un film étonnant, incroyablement drôle et émouvant, d'une humanité et d'une sincérité aussi touchantes que rares.
En conclusion, ce serait dommage de passer à côté !!