4.5/10Doom

/ Critique - écrit par Lestat, le 16/11/2005
Notre verdict : 4.5/10 - Game over (Ecrivez votre critique)

Tags : doom jeux nintendo eternal test software switch

Suite à un problème du genre insurmontable, une équipe de Space Marines est envoyée sur une station scientifique martienne afin de voir ce qu'il s'y trame, récupérer une poignée de savants et des données dont tout le monde ignore la nature. Comme ils le découvriront, ils auraient mieux fait de s'abstenir...

Que cherche-t-on en allant voir un film comme Doom ? A ressortir plus érudit sur la génétique humaine ? A se délecter d'une étude de caractère subtile ? A décortiquer des plans dont la valeur cinématographique n'a d'égale que leurs maestria technique ? Saperlipopette, que nenni !! Payer un ticket pour Doom, c'est avant tout rassasier le Steven Seagal qui sommeille en chacun de nous, en allant voir des militaires qui sentent le slip sale démastiquer des monstres hideux, sur fond de musique metalotechnoide avilissante. Si si, ne niez pas. D'ailleurs, à moins d'avoir besoin de changer de lunettes, il est difficile de se tromper fondamentalement sur la nature du produit, adaptation directe d'un mythe du jeu vidéo. Dérivé de ce jeu délicieusement immoral qu'était Wolfenstein 3D, Doom, d'ID Software, nous mettait en 1993 dans la peau d'un militaire dont le passe-temps -donc le votre- consistait à plomber des mecs et des vilaines bestioles dans des couloirs sans fin. S'en suivit un Doom 2, un Final Doom et tout récemment, un Doom 3, qui sert au passage de prétexte et de base scénaristique au film dont il est question ici. Doom est une légende. Ne serais-ce que parce que la franchise aura alors instauré tout un nouveau sous-genre vidéoludique, le Doom-like. Désormais, on ne compte plus les représentants de cette caste plus ou moins primaire, où surnagent les Duke Nukem 3D ("your face, your ass, what's the difference ?"), les Hexen, les Quake, Blood et autres Half Life. Mais Doom, c'est aussi une atmosphère. Un univers gore, glauque, peuplés de bruits sinistres et d'ennemis surgissant dans le noir, généralement accompagnés de leurs petits camarades. Adapter le concept au cinéma, finalement, cela pourrait être un juste retour des choses. Quatre ans avant Wolfenstein, on pensera par exemple à Invasion Los Angeles, où John Nada fait le ménage dans les couloirs d'une station télé. Il n'empêche qu'un Doom en live, ça ne laisse pas indifférent et ça se doit de satisfaire son public qui a comme envie de sang sur les murs (copyright Mano Negra). Et bien, comme d'habitude oserais-je dire, on reste sur sa faim.

Commençons d'emblée par les points positifs. Bénéficiant d'un fort budget, Doom est construit comme une sorte de série B fauchée et ne cherche jamais à aller au delà. Au point qu'on se demande parfois où sont passés les dollars. Les Marines sont toutes des gueules avec des surnoms qui claquent (Ripper, Destroyer, The Kid...), les décors sont pauvres mais tiennent la route et les monstres oublient d'être virtuels pour se parer de caoutchouc du plus bel effet. S'accommodant parfaitement de ses trois lignes de scénario -qui pompent un peu Resident Evil- et ne cherchant jamais à se faire plus intelligent qu'il ne l'est, Doom reste dans son statut avec une intégrité qui fait plaisir. Référentiel, Doom nous offre de surcroît un joli clin d'oeil à Predator, par le biais de "Destroyer", Noir herculéen armé d'une mitrailleuse rotative. "Destroyer" qui assurera d'ailleurs le meilleur combat du film. Au milieu de tout ça, nous retrouvons le sympathique The Rock, qui à défaut d'être un acteur oscarisable apporte ses biscotos et son indéniable charisme à un certain Sarj, gradé plein de testostérone bien décidé à faire de la soupe de monstres. Autre tête d'affiche, Karl Urban (Eomer, donc), qui pour sa part campe un militaire torturé et orphelin avec un certain talent. Si il fallait craindre quelque chose de Doom, c'était une adaptation aseptisée pleines de punchlines foireuses, ce que le film évite soigneusement. Doom, the Movie, c'est sombre, plutôt gore et somme toute sérieux. Ce qui n'empêche pas quelques scènes méchamment jouissives et il y a fort à parier qu'on oubliera pas de sitôt ce passage où The Rock, sourcils plus froncés que jamais, attrape le Bio Force Gun en lâchant un "ça va chier" du plus bon aloi ! Pour terminer, signalons la réalisation d'un Andrzej Bartkowiak a l'aise, qui nous livre un film lisible, n'oubliant pas de partir, lors du dernière acte, dans une longue séquence en vue subjective assez jubilatoire, bel hommage au jeu où Karl Urban dessoude à tour de canons.

Mais quel est le soucis alors ? Le soucis, c'est que Doom n'en finit plus de démarrer et que de fait, sorti du passage en vue subjective bien bourrin bien que pourri au virtuel, il ne s'y passe finalement pas grand chose. Là vous me direz que c'est le propre d'un film de couloir, en outre adapté d'un "jeu de couloir". Oui, mais pour passer le temps, il faudrait par exemple avoir peur, ressentir une tension, un stress...Ici ce n'est que très peu le cas, sorti de clichés usés jusqu'à la corde à base de singe ou de rat, toujours là pour faire du bruit quand il ne faut pas. Assez pauvre en monstres (!), qui eux-mêmes mettent un point d'honneur à attaquer tout seul, Doom fait figure de SF molle où l'on est pas loin de s'ennuyer ferme. Etrangement peu généreux, Doom fera déchanter tout ceux qui fantasmaient sur une resucée d'Aliens ou un Commando sauce spatiale.

Doom laissait entrevoir un divertissement récréatif et bruyant et n'engendre finalement qu'une déception, heureusement amenuisée par un casting agréable et un dernier acte qui en donne enfin pour son argent. Sans parler du générique de fin, plutôt rigolo. The Rock s'amuse bien avec ses grosses pétoires et, si il n'est toujours pas le nouveau Schwarzenegger, confirme un certain potentiel quand il s'agit d'aller à la castagne. Mais Doom, malgré un final riche en bourre-pifs, n'est pas encore le film qui l'exploitera au maximum...