7.5/10C.R.A.Z.Y.

/ Critique - écrit par Vincent.L, le 09/05/2006
Notre verdict : 7.5/10 - Une tornade visuelle et musicale (Ecrivez votre critique)

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Né un jour de Noël, Zachary Beaulieu (Émile Vallée et Marc-André Grondin) vient au monde avec un don. Comme le héros de son film, le réalisateur québécois Jean-Marc Vallée offre une oeuvre atypique, C.R.A.Z.Y., qui parvient brillamment à créer un grand nombre de belles atmosphères évocatrices des années 1960 à 1980.

Quelque part entre Almost famous, High fidelity, Velvet goldmine et Virgin suicides, C.R.A.Z.Y. constitue avant tout une réalisation particulièrement esthétique et musicale. Avec fluidité et précision, le film propose de superbes mise en images de chansons célèbres de Charles Aznavour, David Bowie, Patsy Cline, Pink Floyd, ou encore les Rolling Stones. En suivant vingt ans de la vie du jeune Zachary, en proie à des doutes sur sa sexualité, le spectateur est transporté dans une nostalgie sixties et seventies. Les joints rencontrent le sexe libéré et le psychédélisme musical des années 1970. Avec une inventivité visuelle comparable à un Darren Aronofsky ou un Jean-Pierre Jeunet, Jean-Marc Vallée éblouit avec la quantité de trouvailles que propose son long métrage. Aussi à l'aise dans les flous, les transitions, les travellings, les ralentis bien sentis que dans de somptueux paysages léchés à souhait, le québécois donne un cocktail graphique qui époustoufle fréquemment.

C.R.A.Z.Y. est aussi un film sur la famille et ses valeurs, avec en particulier le rôle du père. Michel Côté, magistral dans cette fonction, passe de la sympathie à la colère avec une facilité déconcertante. Marc-André Grondin, tout autant séduisant, dégage un charisme à la hauteur de la difficulté de son rôle. Les doutes de l'adolescence qu'il reflète, notamment au travers de sa sexualité ambiguë, sont si bien joués que l'on ne peut que dire «bravo». Les scènes de transe avec la musique sont par exemple d'une rare beauté et en disent plus que de longs discours sociologiques. Les scénaristes François Boulay et Jean-Marc Vallée ont choisi de montrer une jeunesse distraite, perdue, rêveuse et presque muette. Ainsi, on ne s'attache pas à des caractères mais plutôt à des gestes, regards, sourires et des situations quotidiennes proches de nous : amours d'enfance, relations fraternelles, etc.

Drôle, parfois décalé et surtout tendre dans les relations de famille qu'il expose, C.R.A.Z.Y. est un film rare. Une oeuvre dont la complexité esthétique et la profondeur humaine mérite d'y retourner, avec folie et sans compter.