7/10Avatar 2, rouvrir la boîte

/ Critique - écrit par nazonfly, le 30/12/2022
Notre verdict : 7/10 - Avatar fait plouf ! (Ecrivez votre critique)

Tags : avatar film cameron france james eau cinema

Le film événement de James Cameron revient pour une suite visuellement encore plus exceptionnelle. Petite chronique de LA sortie du moment.

Treize ans. Dans un monde cinématographique gavé de sorties Marvel tous les 6 mois, il aura fallu treize ans à James Cameron pour donner une suite à son Avatar, l’une des œuvres majeures du cinéma pour l’avancée technologique qu’elle mettait en avant, au détriment peut-être de l’histoire. Avatar 2, la voie de l’eau, était annoncé comme une nouvelle étape majeure dans l’immersion dans un monde totalement nouveau et numérique. Pour profiter des images, nous avons décidé de casser notre tirelire et payer les 23 euros (!!) pour voir le nouvel Avatar en IMAX 3D.


Kiri, nouveau personnage qui sera probablement le protagoniste des prochains épisodes DR.

Force est de constater que le spectacle est présent. Ne tournons pas autour du pot : Avatar 2 est sublime, incroyablement sublime. Même par rapport à Avatar ! Et la 3D, un procédé qui a perdu de sa superbe au fil des années, sait se faire assez discrète pour magnifier le monde de Pandora ou, plus exactement, une partie maritime du monde de Pandora. En effet, Jake Sully, désormais papa d’une petite tribu na’vi et chef des rebelles contre l’invasion humaine de Pandora, se voit contraint de quitter sa forêt et ses îles flottantes pour demander asile aux Metkayina, un clan na’vi habitant sur les rives de la mer. Ce changement de perspective autorise donc James Cameron à créer un nouveau monde, à le peupler de créatures toutes plus magnifiques et à y promener sa caméra pour nous en mettre plein la vue. Le niveau de réalisme (de ces animaux fictifs) est tout simplement inimaginable, incroyable, extraordinaire, les qualificatifs manquent pour cette plongée dans l’imagination de Cameron. Le boulot de Weta est tellement bon qu’on ne sait plus distinguer ce qui a pu être tourné en prise de vue réelle de ce qui a été créé en numérique, le plus impressionnant n’étant même pas les différents poissons, méduses ou autres anémones que l’on découvre mais une sorte de bateau de pêche dont le réalisme est à couper le souffle, bien aidé sans doute par une fréquence d’images accrue atteignant 48 images par seconde (au lieu des 24 habituelles). Le seul écueil de cette avalanche visuelle, c’est que, pas vraiment aidée par un scénario des plus discutables, elle a tendance à lasser rapidement et le spectateur a l’impression de tourner pendant deux heures autour d’un aquarium, ce qui n’est pas vraiment le but d’une séance au cinéma.


Une image sous-marine magnifique qui ne rend même pas honneur au film DR.

Car, oui, comme il faut reconnaître le travail visuel gigantesque, il faut reconnaître la faiblesse d’un scénario ultra-classique qui laisse un arrière goût des plus discutables.

Quand Jake Sully quitte son habitat forestier, c’est en effet pour fuir le méchant de l’histoire, un esprit humain dans le corps d’un na’vi qui ne poursuit qu’un but : se débarrasser de Sully. On pourrait comprendre que les humains en aient assez de ces rebelles qui font exploser des trains ou volent des armes, et que ces mêmes humains créent de super soldats na’vi, adaptés à l’environnement de Pandora, pour se battre dans les mêmes conditions que les autochtones. Mais non, le but est seulement de tuer l’autoproclamé chef des rebelles, l’esprit humain dans le corps na’vi, le fameux, l’incroyable Jake Sully. Cette énorme faiblesse scénaristique s’accompagne d’une justification toute aussi étrange, mais franchement typique d’un certain cinéma étatsunien : Jake Sully cherche avant tout à protéger sa famille car, comme on nous le répète à longueur de film, « un père sert à protéger sa famille ». Il en résulte évidemment un sentiment viriliste et patriarcal proprement désagréable et si l’on se rappelle que Cameron avait auparavant mis des femmes en avant (Sarah Connor, Ellen Ripley notamment), on sera étonné de cette volte-face burnée dans un monde qui supporte de moins en moins les attributs virilistes.


Un père doit protéger sa famille DR.

Avatar 2 va même plus loin dans cette voie en présentant des animaux plus intelligents que les humains qui ont pris conscience qu’il ne servait à rien de se battre, que la violence engendrait la violence… pour finir par piétiner cette douce idée. Ces animaux sont finalement présentés comme d’idéalistes fragiles et au final il est évident que seule la violence peut battre la violence, comme peut en témoigner l'ex-marine Jake Sully.

Et les Metkayina me direz-vous ? Quel rôle ont-ils dans ce deuxième opus d’Avatar ? Ils ne servent strictement à rien si ce n’est que de proposer un peu de dépaysement et de belles images. Bien sûr, la rencontre entre la na’vi de la forêt et les na’vi de l’eau est délicate comme lorsque se rencontrent deux peuplades différentes : Jake et sa famille doivent s’intégrer à un nouveau monde, à une nouvelle façon de se déplacer, de parler, comme auparavant Jake avait dû s’habituer au monde na’vi. Mais on n'est clairement pas là pour cette introspection et l’ensemble est évacué rapidement car Jake le superhéros arrive à maîtriser un nouveau monde de déplacement, une nouvelle façon de penser aussi bien que les autochtones. Lui, l’exilé, le migrant sera même celui qui conduira l’assaut final et se retrouvera seul contre les méchants, les Metkayina ayant disparu sans aucune explication. À moins qu’ils n’aient été là dès le début que pour avoir l’occasion d’envoyer de jolies images.


Une Metkayina fraîchement sortie de l'eau et prête, admirez la taille fine et le haut si habilement disposé qu'on ne sait comment il tient DR.

 

Nous pourrions continuer pendant longtemps les reproches à faire à cet Avatar 2 (on pourrait parler des tam-tams gênants qui résonnent dès que l’on voit les Metkayina par exemple) mais le principal questionnement qu’il reste après ce deuxième numéro est : où est passée cette fabuleuse connexion avec la nature qui faisait dire, à l’époque de la sortie du premier Avatar, qu’il était « une fable écologique » ? Elle est encore là, par petites touches mais le propos a été complètement recentré sur Jake Sully et ses liens familiaux, sur Jake Sully et sa bataille contre le méchant qui en veut à sa famille, comme un tristement banal film de héros américain.

Doit-on espérer alors la sortie prochaine d’Avatar 3, déjà planifiée dans deux ans, suivie par Avatar 4 et Avatar 5 ? Peut-être mais le scénario des prochains est déjà tout tracé. Il y a fort à parier qu’après Avatar des arbres, Avatar de l’eau, on aura un Avatar de la terre, un Avatar du feu pour terminer par un Avatar de l’âme dans un élan new-age faussement écolo.