6.5/10L'auberge rouge - 2007

/ Critique - écrit par riffhifi, le 07/12/2007
Notre verdict : 6.5/10 - Coupe rouge-gorge (Ecrivez votre critique)

Rââââââh, je dois avouer que... jgh... non... si... c'est pas mauvais. Aussi étonnant que ça puisse paraître, c'est pas mauvais.

Un remake de L'auberge rouge avec trois ex-Bronzés, réalisé par Gérard ‘Taxi 2-3-4' Krawczyk qui clame vouloir faire un film « entre la famille Addams et les films de Tim Burton », ça foutait déjà les miquettes. Mais lorsque l'affiche a débarqué sur les arrêts de bus, avec son visuel épouvantable et son slogan pathétique (« le menu est mortel »), on s'apprêtait gaillardement à coller un bon 1.5 à ce qui s'annonçait comme une insulte de 90 minutes à la finesse et à l'humour. Et pourtant, ça fait tout drôle de l'écrire, mais... c'est pas mal. Voilà.

Martin (Christian Clavier) et son épouse Rose (Josiane Balasko) ont deux enfants, la jolie Mathilde et le sourd-muet Violet. Ils sont aubergistes, et ont pris l'habitude depuis 20 ans d'égorger les voyageurs solitaires pour les délester de la totalité de leurs biens. Une pratique qu'ils envisagent d'appliquer à tous les passagers d'une diligence, qui viennent se réfugier chez eux à cause d'une roue cassée et d'un ours rôdeur. Seulement parmi les voyageurs se trouvent un prêtre (Gérard Jugnot) et son novice (Jean-Baptiste Maunier), ce qui pose un cas de conscience au vieux fond de catholicisme qui traîne dans la tête de Rose...

Je te signale que toi aussi, tu as un chapeau ridicule, alors camembert.
"Je te signale que toi aussi, tu as un
chapeau ridicule, alors camembert."
La séance s'ouvre sur un générique un peu forcé, qui s'essaie à la musique "Danny Elfman" et aux titres façon fête d'Halloween (les titres rouges sur fond rouge, c'est quand même pas terrible) ; on enquille ensuite quelques clins d'œil pas forcément désagréables (Clavier qui dit « est-ce que je suis copain avec un cochon, moi ? », Jugnot qui rabroue Jean-Baptiste Maunier d'un « arrête de chantonner ! »), avant de rentrer dans le vif du remake. Remake à la nécessité discutable, comme on a dit, mais qui a le bon goût d'une part de ne pas reprendre servilement le film d'origine scène par scène (bien que certaines tirades reprises au mot près sonnent particulièrement faux), et d'autre part de ne pas en faire la guignolade rabelaisienne que l'on craignait, façon Les Visiteurs 4. Les éléments changés par rapport au premier film sont assez peu nombreux en fin de compte : les noms des personnages, pour une raison obscure (à part celle de pouvoir faire des jeux de mots type « c'est une perle, Rose »), le remplacement d'un singe de 30 cm par un ours de 2m30 indéniablement plus spectaculaire et celui du valet noir Fétiche par le fils sourd-muet, pour éviter d'avoir à aborder la question du racisme au XIXème siècle (ce qui n'est pas forcément plus mal). A part ça, les éléments sont les mêmes, bien que le traitement diffère radicalement : au noir et blanc oppressant du film d'Autant-Lara succèdent des couleurs léchées, épousant des décors et costumes chatoyants avec un goût de l'esthétisme rarement rencontré dans le cinéma français comique. Le film perd en angoisse ce qu'il gagne en spectaculaire, le ton est différent mais visiblement assumé.


"Tisons ! - Merci, je n'ai pas soif."
L'humour noir n'est pas pour autant balayé du film : là où l'original misait sur la terreur sourde du moine et sa crainte permanente de ce qui pouvait se produire, celui-ci se concentre sur la famille d'assassins et joue la carte du jeu de massacre au ton parfois anglo-saxon, façon murder party. Du coup, le personnage de Gérard Jugnot, bien que clairement plus actif que son prédécesseur, s'efface devant le couple d'aubergistes et leurs déboires (comment tuer tout le monde et faire disparaître les corps au fur et à mesure, doit-on se faire le curé ou pas, etc.). Le tout est plus divertissant que drôle, et constitue un spectacle aussi appréciable qu'oubliable, mais reste sans doute de très loin ce que Krawczyk et Clavier ont chacun fait de mieux depuis... dix ans ? Quinze ?..

Respectueux et malgré tout capable d'imposer son propre ton, la nouvelle Auberge rouge fait beaucoup moins mal que son affiche. On lui reprochera essentiellement sa fin, interminable par rapport à la simplicité de l'originale : le reste est un efficace divertissement qui s'avale volontiers en cette période de fête.