6/10Atomik Circus, le retour de James Bataille

/ Critique - écrit par Lestat, le 25/07/2004
Notre verdict : 6/10 - L'Attaque des Poiraud Tueurs (Ecrivez votre critique)

Tags : poiraud james bataille film circus atomik retour

Tout commence dans la petite bourgade de Skotlett. Comme chaque année, Bosco organise sa célèbre fête de la tarte à la vache, plus grande mais aussi unique attraction de ce trou paumé rempli de ploucs crasseux. Au menu des festivités, un tour de chant de sa fille adorée, Conchia, chanteuse aux rimes étranges qui se verrait bien en haut de l'affiche. Mais aussi, entre autres choses, le show d'un certain James Bataille, cascadeur freelance. Ce qui doit arriver arriva, en un seul coup d'oeil, Conchia lui y tape méchamment (dans l'oeil). Perturbé par cette ravissante créature, le sémillant James rate sa cascade, provoquant un cataclysme passant l'explosion de l'Etoile Noire pour un pétard mouillé. La sentence ne se fait pas attendre : 133 ans de prison ! Bosco est content, ça lui apprendra à draguer sa fille. James, moyennement emballé à l'idée de croupir dans une geôle, décide de s'évader et retrouver sa bien-aimée. Mais entre temps, Skotlett se fait investir par Allan Chiasse, impresario pervers et véreux et surtout, par de terribles pieuvres de l'espace...

Mis en boîte par Didier et Thierry Poiraud, deux têtes à claques fans de punk et de gore, Atomik Circus fait sur le papier office de vent frais dans le cinéma français, qui actuellement ne s'éloigne que timidement des sentiers battus. Série Z autoproclamée relevée au gore et à l'absurdité galopante, cet OVNI avait a priori tout pour me plaire. Hélas, c'est la déception qui l'emporte...


Pourtant, tout était réuni pour qu'Atomik Circus remporte l'adhésion.
Vanessa Paradis entre deux chansons s'amuse visiblement comme une folle, Jean-Pierre Marielle et sa voix caverneuse sont irrésistibles, Benoit Poolvoerde retrouve là un de ces rôles de con magnifique où il excelle tant et l'ensemble n'est rien d'autre qu'un énorme mic-mac. L'univers du Z est là, indéniable, respectueux : le matériel mal camouflé, les heures de dialogues inutiles, les craignos-monster en caoutchouc, un James Bataille annoncé en titre dont finalement tout le monde se fout, scénariste et spectateurs compris, effets gores pourris, de l'hémoglobine sur la caméra, lumière défaillante et j'en passe... La réalisation des frères Poiraud est à l'image de leur univers, complètement allumée, partant dans des délires parkinsoniens aux angles totalement incongrus. Rapidement énervant quand il ne se passe rien, le procédé donne de purs moments de rock'n roll quand l'action décide de bouger un peu, offrant le délice d'une poignée de scènes tourbillonnantes. Seulement voilà, Atomik Circus souffre d'un énorme problème, oscillant entre le trop généreux... et le trop pingre.

Trop généreux, car les frères Poiraud partent dans tous les sens, mêlant deux registres de comédie, SF métaphysique, pur Z, gore un peu crade, voire même comédie musicale. Jeux de mots fins et humour bouseux s'enchaînent pendant que des trucs aux abattis de latex pendouillant décapitent à tour de tentacules et une fois ce délire phagocyté, plus qu'une envie : s'y fondre et y prendre son pied ! Et c'est là que les frangins font leur deuxième erreur. Probablement dépassés par leurs propres tourbillons, ils semblent se montrer regrettablement prudents et paradoxalement pas assez déjantés pour que la mayonnaise prenne pour de bon. Résultat : un film au charme certain, où l'on ne s'ennuie pas, où il y a de tout, mais sans l'étincelle pour l'embraser et souffrant du coup d'un trop plein de personnages. Atomik Circus se base sur son anticonformisme tout en oubliant de l'exploiter à fond. Et ça, c'est très dommage, d'autant plus que c'est de ce genre d'entreprise dont a besoin le cinéma français. Reste les acteurs, le désormais trop rare Jean-Pierre Marielle en tête, des moments touchés par la grâce (Ah, Brody et son chien édenté...c'est épouvantable mais quel bonheur !) et une bande son portée par le rock endiablé des Little Rabbits et d'une Vanessa Paradis déchaînée. A défaut de vous rendre en salle, ruez vous sur la BO...

Quant au reste, je ne demandais qu'à aimer ce film, exploitant des genres dont je suis plutôt friand, mais soyons lucides et ça me fait un peu mal de le dire : le coup est manqué. De peu, mais manqué...