Aux origines, Wing Commander est une série de combat spatial futuriste, développée principalement pour le support PC (même si certains opus se retrouveront sur Amiga, Mac, Super-Nintendo, et Playstation). Si les deux premiers épisodes n'affichent rien d'exceptionnel, posant les bases d'une guerre entre terriens et Kilrathis (des gros chats humanoïdes) à travers un shoot spatial plutôt conventionnel, le troisième (Heart of Tiger) commence à se démarquer en enrichissant le récit de cinématiques tournées en studio. Un concept qui sera repris dans les deux épisodes suivants, intitulés respectivement The Price of Freedom et Prophecy.

Cette caractéristique est pour beaucoup dans la popularité de la série, qui s'est achetée non pas de grandes célébrités mais des visages plus ou moins familiers du grand public. Ainsi, le héros n'est autre que Mark Hamill, l'immortel interprète de Luke Skywalker, tandis que sa hiérarchie prend les traits de John Rhys-Davies (Sallah dans les Indiana Jones, plus tard Gimli dans Le Seigneur des Anneaux) et de Malcom McDowell (Orange Mécanique, entre autres). On retrouve également selon les épisodes Thomas Wilson (inénarrable Biff Tannen des Retour vers le futur) et Mark Dacascos (Crying Freeman, Kickboxer 5). L'intrigue en gagnait en ressort dramatique, parvenant à donner corps à de véritables personnages et à alimenter la toile de leurs relations, allant même jusqu'à développer des affinité amoureuses. A de nombreuses reprises, le jeu vous donnait la possibilité d'orienter les séquences filmées et de déterminer la suite de l'histoire, se positionnant comme un film interactif. The Price of Freedom s'appuyait même entièrement sur ce concept pour son grand final, au travers d'une sorte de procès passionnant. Avancer dans l'histoire permettait de voir la suite du film, un bon moyen de motiver le joueur à enchaîner les mission qui consistaient, souvent, à abattre des dizaines d'escadrilles ennemies.
Du film interactif au film, il n'y a qu'un adjectif à supprimer. En 1999, le fondateur de la série Chris Roberts saute le pas et parvient à débloquer 30 millions de dollars pour créer son long métrage. Il lui suffisait de faire la même chose que pour les jeux. Il ne l'a pas fait.
Première erreur : le casting.

En lieu et place de Mark Hamill, Thomas Wilson, et John-Rhys Davies, on retrouve Freddie Prinze Jr (Christopher Blair), Matthew Lillard (Todd Marshall), et Tchéky Karyo (James Taggart). Les deux premiers se sont fait connaître dans des teen movies ou des films d'horreur pour ados, le troisième est un acteur français avec ses hauts et ses bas. Le charisme prend du plomb dans l'aile, indéniablement, et l'on éprouve de la difficulté à retrouver les personnages des jeux vidéo, surtout que ceux-ci ont subi de légères modifications. Christopher Blair devient ainsi à moitié-« pélerin » (race d'humaines un peu plus évolués), tandis que James ‘Paladin' Taggart se retrouve gradé dans les forces secrètes. De quoi faire naître quelques intrigues sur l'acceptation des différences, et de coller un peu de suspense sur la véritable identité de Taggart, mais ces éléments sont tellement réduits à leur plus simple expression que l'on s'en désintéresse presque immédiatement, comme des personnages.
Deuxième erreur : la direction artistique.

Celle-ci fait également très mal. Imaginez Freddie Prinze Jr ou Matthew Lillard se pointer avec un combinaison légère, bleu « pyjama » façon Star Trek année 70, largement décolletée vers les épaules, avec une sorte de bonnet cousu d'écussons. Et bien voilà, vous avez la tenue réglementaire des petits gradés de la confédération - et ce n'est qu'un exemple. L'ensemble des choix artistiques nous ramènent à une époque bien révolue de la science-fiction classique, pile au moment où le cinéma commence à se moderniser (Matrix sort la même année). Les décors font toc, la technologie est risible pour un film censé se dérouler plus de 600 ans après notre ère. Même les chasseurs spatiaux n'ont rien d'attirant, limité à deux modèles (Rapier et Dralthi) alors que la série de jeux vidéo comptait sur sa diversit. Mais où sont les Excalibur, Dragon, Arrow, Longbow, et j'en passe ? Le comble sera certainement la représentation des Kilrathis, d'une atrocité si confondante que le réalisateur les plonge dans la pénombre très souvent. Incroyable qu'avec un budget supérieur au jeu vidéo, on puisse concevoir des costumes moins bon...
Troisième erreur : le scénario.

Et là c'est le pompon. Les personnages essayent de nous faire avaler que la situation est dramatique, en nous donnant plein de compte à rebours, mais le film traite tout comme une anecdote. Chaque « sous-intrigue », comme le métissage de Blair, la réaction débile des pilotes face à la mort, se paume alors à un moment ou à un autre, totalement inconsidérée et ne servant qu'à pimenter un fil conducteur très faible et parfois plutôt brumeux. Totalement manichéenne, l'histoire n'aborde qu'une petite partie de la guerre opposant les Kilrathis et Terriens, sans proposer d‘évolution à plus grande échelle. Pas terrible dans le sens où il s'agissait d'un one-shot. Pourquoi n'avoir pas essayé de remettre en scène le quatrième épisode The Price of Freedom, déjà suffisamment solide en l'état ?
Finissons par dire que la réalisation globale et les effets spéciaux ne sont pas si mauvais, et nous aurons un tableau assez exhaustif de ce qu'est Wing Commander le film, c'est à dire un bon petit nanar complètement bousillé par les choix de son géniteur, pourtant aux commandes. On imagine bien que certains paramètres n'ont pas été de son ressort, quand on observe le casting principal, mais il faut savoir dire « non » parfois. D'ailleurs, depuis cette année fatidique de 1999, les jeux estampillée Wing Commander ont été plutôt rares, non ?
Nicolas []

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