Max est le directeur des programmes d'une chaîne câblée érotique. Lassé des éternels programmes porno-soft (type M6 le dimanche soir) qu'on lui propose, il recherche en vain quelque chose de neuf. Quelque chose d'un peu plus violent. Quelque chose qui sorte des sentiers battus.
Et c'est bien connu, quand on cherche, on trouve.
C'est par son technicien que viendra la révélation : Videodrome. Ce programme pirate montre des scènes de torture, de sexe, de violence inouïe. Fasciné par ce qu'il a vu, Max tente de retrouver les auteurs de l'émission pour en acquérir les droits de diffusion. Au fur et à mesure qu'il avance dans son enquête, il découvre qu'il ne s'agit pas d'une fiction, mais bel et bien de la réalité. Max se met en quête du mystérieux Professeur O'Blivion, qui semble être à l'origine de l'émission pirate, encore plus emballé depuis qu'il sait que Videodrome est loin de représenter des évènements fictifs.
Le problème (puisqu'il y a un problème), c'est qu'après avoir regardé Videodrome, Max commence à être le sujet d'hallucinations troublantes Il se rend rapidement compte que l'émission pirate délivre un signal altérant la perception de la réalité, en créant une tumeur cérébrale, et découvre le concept un peu flou de "Nouvelle Chair"...
Y a pas à dire, c'est bien du David
Pour tous ceux qui ont déjà vu plusieurs film de David Cronenberg (Faux-semblants, La Mouche, Rage, Crash, Scanners, eXistenZ, Chromosome III, Spider -entre autres-), aucune surprise, on retrouve l'un de ses thèmes favoris : le thème de la transformation du corps humain. Aucune surprise non plus, quelques scènes sont assez violentes, crues, voir simplement insupportables. Non pas que l'esthétique gore soit poussée à son extrême, mais les situations sont souvent ambiguës, et provoquent des sentiments contradictoires.
Exemple simple mais frappant : Max est un connard de première, misogyne et macho, pas gêné pour un sou de la diffusion de meurtres sur sa chaîne. Du moment que ça fait de l'audience, ça ne peut être mauvais. Pourtant Max reste le héros du film.
Télévision, quand tu nous tiens...
Effets spéciaux au top pour l'époque, ambiance léchée, scénario original et captivant, le paradoxe de Videodrome réside dans sa grande complexité : c'est à la fois sa force et sa faiblesse. Loin de vous donner toutes les clés pour comprendre les tenants et aboutissants de l'histoire, Videodrome pousse à la réflexion et au questionnement. Vous ne finirez résolument pas le film dans le même état qu'en le commençant. Pour ma part, à la fin du premier visionnage, j'étais littéralement perdu, frustré, fatigué, mais plein d'interrogations nouvelles.
N'espérez pas comprendre grand chose, le but n'est pas forcément là. Non, ce qui est à garder de Videodrome, c'est ce qui transpire des propos du film, une sorte de mise en garde contre la fascination que l'on porte aux médias, qui trouve un parallèle dans la relation quasi-sexuelle qui lie Max à la télévision. On assiste en effet à deux scènes marquantes (en tout cas qui m'ont marqué) mettant en avant une télévision vivante, malsaine au possible. Loin d'être un film d'horreur basique, Videodrome, comme les premiers films de Cronenberg, en utilise simplement les codes pour faire passer son message avec force.
Détails historiques
Enfin, précisons que Videodrome est le film qui a fait passer David Cronenberg du statut de réalisateur de film gore très série Z à celui de réalisateur reconnu. Là ou les critiques se sont fourvoyées, c'est que malgré la qualité moindre de ses précédents films, ceux-ci abordaient des thèmes intéressants et restaient dans l'ensemble travaillés et captivants. Il n'empêche que Videodrome explore l'univers des médias et de la technologie avec une certaine originalité, et fait mieux qu'eXistenZ en ce qui concerne la perception de la "réalité", le tout presque 10 ans auparavant. Jouant ici plus sur l'immersion de Max dans le monde de la télévision que sur le thème de la réalité virtuelle, pas encore développée en 1982, Videodrome était une oeuvre en avance sur son temps.
Encore une fois, ce film n'est pas à mettre entre toutes les mains. Ce n'est pas un classique, et si vous voulez voir un film d'horreur, passez votre chemin. Mais David Cronenberg signe là à mes yeux un de ses meilleurs films, si ce n'est le meilleur, traitant avec brio de la fascination de l'homme envers les médias et de la perception de la réalité. Qu'on ne comprenne pas tout, peu importe, le message passe avec une force rarement atteinte au cinéma depuis.
Ichabod []

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