Il n'est sans doute pas nécessaire de rappeler qui est Tommy Lee Jones, gueule du cinéma hollywoodien vu dans JFK (1987) ou le Fugitif (1993), film qui lui obtint l'oscar du meilleur second rôle. Ce qui ne nous rajeunit pas, et l'ami Jones non plus. La soixantaine alerte, plus ou moins cloîtré dans des rôles de vieux briscards, Tommy Lee semble avoir laissé derrière lui le temps des Men In Black et à la manière d'un Eastwood, revient aux commandes de son propre film, sa vieillesse en bandoulière.
Texas, au bord de la frontière mexicaine. Melquiades Estrada, immigré, est retrouvé mort, depuis cinq jours dans une tombe de fortune. Devant le peu d'enthousiasme du shérif local, Pete Perkins, ami de Melquiades, entreprend de rendre justice à sa façon. Et de tenir une promesse autrement plus importante...
Il y a des films qui semblent échapper aux analyses critiques, et Trois Enterrements semble bien en faire partie. Tout simplement parce que ce premier film cinéma de Tommy Lee Jones est une histoire simple vécue par des personnages simples. Sorte de film de vengeance virant au road-movie initiatique, Trois Enterrements est une hydre à trois têtes. Une intrigue belle, virile et naïve tout à la fois. Trois personnages. Trois destins différents. Trois points de vue. Trois enterrements. La caméra paisible, ce ne sont pourtant pas les pérégrinations de Perkins que filme Tommy Lee Jones, c'est son pays natal : le Texas. Trois Enterrements est un film sur le Texas, devenu le temps de deux heures un lieu intemporel, cuit par le soleil et balayé par la poussière. Un Texas tout en paysages rocailleux, désert blanc ou petite bourgade peuplée de vachers. Le Texas et sa peur de l'étranger, quel qu'il soit. Le Texas où le flingue, à défaut d'être à la ceinture, n'est jamais très loin. Tommy Lee Jones promène son spectateur le long d'un rythme lent, s'attardant sur quelques images superbes et pourtant tellement crues. Il se dégage quelque chose de Trois Enterrements, et cette chose est une sorte de tristesse, doublée d'une profonde mélancolie. Dans Trois Enterrements, nous suivons des paumés dans un trou paumé, chacun cherchant une raison d'exister. Le travail. Le sexe pour certains. Déprimante situation de cette serveuse, polygame à force de ne pas trouver ce qu'elle cherche. L'amitié pour d'autres, notion fragile qui se brise à coups de fusil. Il y a dans Trois Enterrements une volonté farouche de pratiquer un cinéma à l'ancienne, sans artifices, s'attachant aux personnages, à leur environnement, camouflant sous la peinture d'une nature sauvage et aride un dégoût de la modernité. Puis vient le Mexique et avec lui, la comparaison, et il faut bien le dire, le manichéisme. L'autre côté du Rio Grande, selon Trois Enterrements est un Mexique de carte postale, où les femmes deviennent davantage que des faire-valoir sexuels, où l'on rencontre des hommes tranquilles sur le bord de son chemin, toujours prêt à fournir de la viande et un coup de gnole. Des hommes que du côté texan, on aime, hait et craint tout à la fois, et qui ne sont pourtant pas si différents. Le trait est gros. C'est dommage.
Réalisé de façon sèche mais élégante, Trois Enterrements se construit autour d'une structure désarticulée, entremêlant le passé et le présent en flashback abrupts, puzzle sans fioritures à l'image du film, passant d'un instant à l'autre, d'un personnage à l'autre. D'un enterrement à l'autre. Trois Enterrements est une ballade avec la mort, chemin de croix crépusculaire d'un meurtrier, d'un homme et d'un cadavre transporté de sépulture en sépulture. Une tonalité qui n'empêche pas une petite dose d'humour surréaliste voir franchement macabre, avant de bifurquer sur un Tommy Lee Jones ivre, fatigué, méconnaissable sous une barbe grise mal taillée, pleurant sur les accords d'un piano mal foutu. La fin du film déconcerte. D'ailleurs tout le film déconcerte, naviguant entre la lucidité et la folie, le calme et la violence. Dans Trois Enterrements, on parle humanité, rédemption, absurdité. On demande pardon sous le canon d'une arme. Il serait sans doute facile de comparer Trois Enterrements à d'autres oeuvres. A du Eastwood pour sa vision désabusée mais revancharde. A du Valerii voir aux derniers Leone pour son aspect flottant. En vérité, se serait lui faire du tort, Trois Enterrements ne se raccroche jamais véritablement à quelque chose. Jamais vraiment film moderne, jamais vraiment western, jamais vraiment drame, Trois Enterrements est un film qui brasse beaucoup avec une beauté et cohérence rare. Bien fait, bien interprété -formidable Barry Pepper- mais d'une écriture somme toute un peu convenue, Trois Enterrements est avant tout un voyage tant physique qu'intérieur. A chacun de voir où est ce qu'il l'emmènera...
Lestat []

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