Parfois, une fête est organisée pour l'anniversaire de quelqu'un, on prépare les serpentins, les confettis et le Champomy, puis on est tout excité de se retrouver avec tous ses amis le jour de l'évènement. Seulement à cette fameuse date, le bienheureux né il y a quelques x années jour pour jour, ne se présente pas. Tous les invités sont là, mais l'ambiance n'est plus à la fête. Elle est au meublage morne de circonstance. C'est un peu comme ça que l'on peut voir le dernier volet de la saga de science-fiction de James Cameron, sans James Cameron, mais avec des gens qui font mine de rien, comme si le coeur y était. Nous ne sommes pas dupes. Le coeur n'y est pas. Personne ne croit en ce film, ni le réalisateur, ni les acteurs. C'est un peu comme ces blagues qui ne peuvent exister qu'à travers l'acharnement à y croire de leur auteur. Tout le monde fait le film avec sérieux, mais pas avec conviction. Il manque quelqu'un, JC (pas John Connor) et deux choses, de la conviction et du talent.
Pourquoi, se demandera-t-on alors, Jonathan Mostow n'a-t-il pas le talent de James Cameron. Ou plutôt, qu'est-ce qui permet à un petit idiot parisianiste et hautain de décréter cela arbitrairement de sa voix suffisante. La qualité principale de la réalisation de James Cameron est l'ampleur. L'ampleur du cadre, de la narration, de la dramaturgie. C'est cette qualité qui lui permit de maximiser l'efficacité cinématographique d'un Titanic jusqu'à en faire une renaissance populaire du septième art. C'est ce don qui le pousse à tirer de chaque situation la quintessence de son potentiel dramatique ou spectaculaire. Où se situe la différence ? Sans aucun doute dans l'ambition, dans la conviction en son propre travail, dans l'implication personnelle. Quand le réalisateur de Piranhas 2 entreprend un projet, il s'y projette légitimement à 100%. Il s'y noie jusqu'à l'ivresse et cela se ressent par la suite. Mostow n'est pourtant pas un simple sous-traitant incompétent. Breakdown ou U-571 portent son talent et son intégrité de réalisateur sans avoir à rougir de quoi que ce soit. Mais Terminator 3 est de ces projets malmenés pendant des années, passés de mains en mains tel un enfant coincé entre deux parents divorcés en pleine guerre juridique. T3 est un peu comme un chewing-gum qui aurait été trop mâché et remâché. Il a fini par perdre son goût. Comment le pauvre Jonathan aurait-il pu s'approprier un tel projet, déjà digéré/monté/censuré/vendu avant même qu'il ait pu profiter de l'idée de s'atteler à un mythe de cette envergure. Ce dû être très castrateur à n'en pas douter. Ce qui en ressort, c'est un manque d'inspiration brillant voire somptueux.
Parlons des faits. Il se dit souvent d'une scène réussie qu'elle est « habitée ». Cette expression tend sûrement à qualifier le sentiment d'abandon à la scène auquel est poussé un spectateur lorsque celle-ci réussit à créer une « harmonie » de ton, de durée et de sens troublante. Il est en tous les cas vraisemblablement question d'implication du spectateur dans l'essence d'une scène, via tous ses enjeux sensoriels comme affectifs. On pourrait dans ce cas parler de scènes absentes, ou inhabitées dans T3. Ce genre de scènes où les acteurs n'y sont pas, récitant leur texte comme dans un soap opéra désincarné, dans un cadre anecdotique, dans 
une lumière fausse. Difficile dans ces moments de se sentir réellement impliqué dans la narration, mais qu'à cela ne tienne. Le film enchaîne son compactage pragmatique avec la régularité d'une machine (c'est peut-être ça, après tout, le soulèvement qu'ils nous promettent...). Une intro brève, deux trois gags auto parodiques sincèrement drôles, et la poursuite commence. Une scène d'action, la scène d'action, industrielle, maladroitement cadrée (des plans serrés empilés les uns sur les autres qui ne rendent en rien hommage au spectaculaire de la situation), dénuée justement de l'ampleur spatiale qu'y aurait apporté le prédécesseur de Mostow. On nage dans le petit, l'étriqué... Arnold semble avoir oublié qu'il était acteur, jouant avec la conviction d'une gueststar cabotinant avec la rigidité d'un mur. Lui aussi, probablement, ne se sent plus réellement impliqué dans la fête, abandonné qu'il fut par l'homme qui fit plus ou moins sa carrière jadis. Ne parlons pas des autres acteurs qui paraissent être à n'en pas douter les spectateurs les plus ennuyés de la salle. Evitons également d'aborder la sécheresse d'innovation sous laquelle s'assoiffe le film, car au final, il n'est pas si mauvais qu'il en a l'air.
Parfois, il y a de ces miracles comme ça, qu'on ne s'explique pas tout à fait. Ce qui aurait pu se terminer en catastrophe navrante se laisse aujourd'hui tout à fait regarder, et cela sans doute uniquement grâce à une narration simple et dense, qui ne nous laisse pas nous ennuyer. Certes il n'y a plus la touchante beauté d'un film talentueux, mais il reste le plaisir simple d'un scénario honnête, et même l'immense bonheur d'une fin rayonnante de noirceur. Quelques lignes bien maigres pour redresser un bilan pathétique je vous l'accorde, mais que voulez-vous, c'est la nature d'un film rescapé de la médiocrité grâce à une intégrité narrative bienfaitrice. Inutile de parler d'un scénario que tout le monde connaît déjà, je ne vois rien d'autre à rajouter. Se laisse voir donc, mais ne marque pas son spectateur tout en ouvrant délicieusement la voie à un 4ème film, espérons-le, plus ambitieux.
orioto []

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