« Comment réagit-on mentalement lorsque l'on se trouve en présence du créateur de l'univers qui, pour certains, revêt une dimension religieuse et spirituelle, et, pour d'autres, un concept purement scientifique ? Sachant que nous sommes tous constitués de particules d'étoiles pulvérisées, quelle serait notre réaction si nous nous rapprochions du soleil, source de vie du système solaire ? »
Telles sont les questions que souhaitent aborder Danny Boyle, pour le plaisir des yeux et de l'esprit, en partant d'un postulat de science fiction reposant sur des faits scientifiques : d'ici cinq milliards d'années, le soleil aura épuisé ses réserves (il consomme environ 600 millions de tonnes d'hydrogène par seconde). Que se passerait-il si ces prédictions étaient beaucoup trop optimistes ?
En 2057, l'humanité est menacée : l'activité solaire est en baisse de régime, le soleil tend à s'éteindre. Pour la seconde fois, huit hommes et femmes embarquent à bord d'un vaisseau spatial baptisé Icarus II pour conduire une bombe nucléaire à la surface de l'astre, et le ranimer. En chemin, isolés de tout, ils captent une balise de détresse provenant de l'Icarus I, porté disparu sept ans auparavant. Intéressés par l'espoir que constituerait une deuxième bombe nucléaire pour leur mission, ils modifient leur trajectoire et font route vers le vaisseau...
Si Sunshine semble tout avoir du scénario modèle d'un film catastrophe type Armagueddon ou Fusion - The Core (menace mettant en péril l'humanité toute entière, bombe nucléaire à la rescousse), il n'en est néanmoins pas un. Alex Garland, scénariste du film, nous dit d'ailleurs : « Je voulais raconter une histoire où la survie de toute la planète dépend d'un seul homme, et en évoquer les effets sur sa santé mentale. » Sunshine est alors un film un peu hybride, vécu du point de vue unique de l'équipe de L'Icarus II, où se heurtent espoirs, prises de conscience, fascinations pour l'inconcevable, et failles humaines. Comme toujours chez Danny Boyle, ce n'est pas tant la finalité qui l'intéresse, mais le chemin pour y parvenir, toute la psychologie qui ressort d'un espace confiné, dans le cas présent, où l'homme doit affronter ses propres démons (l'attachement parfois maladif à certaines choses notamment) et s'interroger sur sa propre existence. Chacune des huit personnes montées à bord de l'Icarus a ses traits de caractères qui le dissocie des autres, réagit différemment face à la pression (dernier espoir de l'humanité) et à ses propres erreurs, et il est impressionnant de voir à quel vitesse chacun s'assume en tant que personnalité propre, prend parti, et devient attachant. Seul Capa, placé en tant qu'observateur, reste la plupart du temps cantonné à des valeurs neutres et repousse ses propres sentiments pour y préférer la logique et la parole scientifique.
Et lorsque tous se retrouvent plantés devant une baie vitrée pour admirer le passage de Mercure devant le soleil mourrant, l'osmose est parfaite.
Si Cillian Murphy nous avait déjà convaincu par le passé de son talent artistique (son physique y est pour beaucoup), la vraie surprise provient de Chris Evans, jusqu'ici désespérément cantonné à des rôles pépères et peu reluisants (son plus célèbre étant Johnny Storm dans Les 4 Fantastiques). L'acteur parvient à se forger une place de choix dans le casting et, même si son rôle n'affiche pas de grandes originalités, en assume les responsabilités avec des épaules de meneur. Danny Boyle, lui, se transcende sur les deux tiers du film, parvient à capter l'attention du spectateur avec une facilité désarmante et un rythme à première vue mollasson, mais d'une fluidité exemplaire. Le dernier tiers prend un petit virage qui le bascule dans le film à suspense un peu psychédélique, tout en gardant cette réflexion sur l'addiction et le mal-être. Un petit moins certainement, rejoint par quelques facilités scénaristiques et de minuscules clichés assez faciles à reconnaître, suffisant pour laisser échapper la voie du panthéon des films de SF.
Néanmoins, un pari gagné pour Boyle qui dote sa filmographie d'un film de SF très convainquant, bien léché, bien modélisé (très jolis effets spéciaux), bien orchestré. Un joli exercice de style pouvant être approché aussi bien comme un divertissement un peu contemplatif que comme de la science - réflexion légère. Cillian Murphy est parfait, Chris Evans est sur ses talons.
Nicolas []

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