Plus exploité dans le domaine vidéoludique qu'au cinéma même, le film de guerre spatiale n'a pour ainsi dire que deux figures de proue, dont on exclura bien entendu le space-opera à la Star Wars : Aliens, métaphore virile premier degré de la guerre du Viet Nam, et Starship Troopers, film corrosif qui poussa le concept de double lecture à son paroxysme, tourné par un Paul Verhoeven déchaîné. Détail amusant, Aliens comme Starship Troopers, deux oeuvres radicalement différentes, s'inspirent d'un seul et même livre : Etoiles garde à vous, de Robert Heinlein, roman plutôt militariste, qui servit de base de travail à Verhoeven et, disons, de motivation à James Cameron.

La 7ème Compagnie dans l'EspaceAvec son sujet tout nanar -une troupe de bidasses de l'espace s'en va combattre des insectes géants-, Starship Troopers est à la fois un des films les plus jouissifs des années 90 et une sorte d'anomalie dans le système hollywoodien, qui n'a visiblement rien vu venir. L'indécrottable Verhoeven accompagnera d'ailleurs la sortie DVD de son brûlot d'un commentaire audio anthologique, à l'origine depuis de la décharge des distributeurs quant aux propos tenus dans leurs galettes. Starship Troopers, c'est tout d'abord la série B bourrine et décomplexée, sorte de fantasme de geek au confins des genres mené à un train d'enfer. Passé une exposition rappelant les meilleurs moments des séries-soap, d'où est d'ailleurs issu le bellâtre Casper "mâchoire carrée" Van Dien et une partie de la distribution, Starship Troopers enchaîne les moment de bravoure que l'on est en droit d'attendre d'un tel postulat. Vaisseaux en feu, batailles virant à la boucherie totale, remake arachnéen d'Alamo, dernier acte faisant basculer le tout dans l'horreur pure, Starship Troopers flatte l'oeil, brasse large, ne lésine par sur la cartouche ou l'hémoglobine et n'oublie pas les poitrines dénudées d'usage pour lier le tout. Le casting, de choc et de charme, est sympathique, les personnalités des héros bien distinctes et l'amateur de répliques cultes se délectera de quelques saillies, comme l'immortel "pose tes galons qu'on se batte entre hommes", ultimatum implacable lancé par le sous-fifre Rico (Casper Van Dien) qui n'aime pas qu'un gradé tourne autour de sa p'tite nana (Denise Richards, une bonne raison d'en venir aux mains, donc).

"J'ai glissé, chef !"En parallèle de cela et sans qu'un aspect ne vienne desservir l'autre, Starship Troopers est également une oeuvre désenchantée, d'un cynisme ahurissant, où Verhoeven se sert de ses monstruosités pour laisser éclater sa volonté de tout dégommer. Jeune, beau, fort et invincible, le héros américain type est littéralement déchiqueté dans de réjouissantes gerbes gore. Surtout, le cinéaste nous dépeint un peuple arrogant, s'engageant dans une guerre absurde dont la justification, fumeuse, semble sortie du Dr Folamour. La société futuriste de Starship Troopers rappelle celle de Demolition Man, aseptisée et contrôlée à outrance, dont les principes renvoient à ceux de la Grèce spartiate et du Troisième Reich. La citoyenneté passe par les armes. La propagande patriotique est partout. L'information est divulguée par de cours flashs racoleurs à la censure hypocrite. Tout à sa métaphore, Verhoeven enfonce parfois le clou plus que de raison, notamment lorsqu'il manipule, assez peu subtilement il faut bien le dire, une imagerie héritée de la Wehrmacht. Qu'importe, Starship Troopers fait mouche et pousse à s'interroger sur ce que l'on regarde vraiment. Le film traite-t-il d'un assaut héroïque ou d'un génocide basé sur un quiproquo ? Le combat est-il celui de soldats face à des monstres ou de neo-neo-nazis face à des parasites ? Les cruelles Arachnides menacent-elles les paisibles cités terriennes ou est-ce l'humain et ses rêves de conquêtes qui tendent à faire disparaître une espèce inférieure et désorganisée ? La réponse, c'est celle que voulez. Peut-être même les deux, mon capitaine. C'est dans cette interrogation que se trouve la plus grande force de Starship Troopers : être vu avec un sourire de plaisir et revu avec un rire jaune.
SI les effets spéciaux commencent un peu à dater, Starship Troopers reste ce chef d'oeuvre perturbant qu'il était il y a plus de dix ans, où Verhoeven ne nous piège pas mais nous retourne le cerveau comme une crêpe. Rarement un film, dans un même instant, nous aura donné une telle envie de rentrer dans l'armée et de s'en enfuir à toutes jambes. Et si il y a du Full Metal Jacket dans Starship Troopers, il n'est pas interdit de trouver le film de Kubrick moins percutant.
Lestat []

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