Difficile de passer à côté des nombreuses affiches et de la vague médiatique engendrée par la comédie musicale, celle-ci étant désormais installée sur les planches parisiennes. Bien sûr, le show nous est arrivé dans les dents en 2007, mais celui-ci a été créé voilà plus de dix ans aux Etats-Unis, mis en scène par Julie Taymor. Seulement, je ne suis pas venu vous parler du spectacle musical, bien qu'il me serve de tremplin pour cet article ô combien important. Parce que trois bonnes années avant les gars en costumes de lion et de singe, sortait sur les écrans de cinéma le film qui en sera le point d'origine, à une époque où les productions Disney étaient encore entièrement tournées vers l'animation traditionnelle, et que chaque nouveau titre faisait l'unanimité, à quelques exceptions près.
Le Roi Lion en est plus ou moins l'apogée, si l'on considère que Disney a commencé à se vautrer dès l'année suivante avec Pocahontas, alors que celui-ci a été produit en même temps que notre lionceau, et mieux considéré par les animateurs qui ne croyait pas au succès de cette histoire de roi de la jungle. Et pour en rajouter, l'histoire écrite par la firme pourrait avoir été librement inspiré de l'œuvre d'Osamu Tezuka intitulé Le Roi Léo (non assumé), manga et série animée produits en milieu de siècle dernier, et par le Hamlet de William Shakespeare (assumé).

Notre belle familleLe Roi Lion raconte l'histoire de Simba, jeune lionceau voué à devenir roi de la Jungle en succédant à son père Mufasa. Ce dernier décède dans des circonstances tragiques, plus ou moins par la faute de son fils qui doit prendre le large et grandir loin de sa famille. Une tragédie mis en scène par Scar, l'oncle, qui prend le pouvoir aidé par ses comparses hyènes.
Dans la plus pure des traditions Disney, le drame côtoie ici l'humour dans des proportions très comparables, à l'image d'un Bambi. Qui n'a jamais entendu ses plus proches amis parler de la mort de la maman biche en insistant sur la tristesse que cette scène lui a inspiré ? La mort du lion Mufasa en est une redite tout aussi dramatique, puisqu'elle propulse les personnages sur des voies qu'ils n'auraient jamais du côtoyer, et qui amèneront le spectateur à faire des connaissances avec des personnages joyeux qui feront vivre le film. C'est là toute la logique des longs métrages de Disney : la tragédie est réelle, mais elle sert l'intrigue et débouche inévitablement sur quelque chose de plus heureux. Pourtant, à la base, nous nous retrouvons bien avec un ordonnancement tout shakespearien, le film reprenant les grandes lignes de l'histoire de Hamlet et les simplifiant pour faire adhérer la masse. Le roi meurt (le père d'Hamlet / Mufasa), tué par la main de son frère (Claudius / Scar) qui prend sa place au pouvoir, tandis que le fils (Hamlet / Simba) cherche vengeance.
Disney joue encore une fois la carte des personnages secondaires avec brio, et il n'est pas étonnant que ceux-ci deviennent les coqueluches des enfants. Pendant que les grands jouent avec Shakespeare, les petits auront tout le loisir de s'esclaffer devant les problèmes de gaz de Pumbaa le Phacochère, de hocher la tête devant les réflexions de Timon le petit suricate tout mignon mais très bavard, de retenir l'envie d'étrangler cette vieille corneille de Zazu, ou de fondre devant le regard très bleu de la lionne Nala. Sans ces personnages, Simba ne serait rien qu'un lionceau perdu, et la plupart battent la mesure humoristique du film, même dans les moments un peu noirs. Réunis, ils forment un tout qu'il est difficile de ne pas apprécier.

A gauche, un lion avec la voix de Darth VaderLa qualité artistique transparaît dès le début du film, avec probablement la plus belle introduction de tous les longs métrages Disney. Sur la chanson L'histoire de la vie, nominée aux Oscars, les animaux sauvages convergent vers le rocher des lions pour y accueillir leur futur souverain, le petit bébé lionceau Simba, projeté à la lumière du soleil par le singe Rafiki. La scène est forte, progressive, magnifique, débouche avec solennité sur l'écran titre, brutalement apposé sur l'écran. Cette qualité graphique sera restituée tout au long du film, à travers des décors africains de toute beauté, remplis de couleurs chaudes, et une animation animale des plus réussies, où la patte numérique transparaît néanmoins à des rares instants. Le film a tout de même un peu vieilli côté réalisation, et l'on est tenté de soupirer un peu en regardant quelques lions se donner des coups de pattes au ralenti, scène un peu en déphase avec la valeur globale du métrage.
L'époque voulait que chaque Disney ressemble un peu à une comédie musicale, et Le Roi Lion n'échappe à la règle. Hans Zimmer se transcende et fait don d'une bande originale aux accents africains très prononcés, très agréable à l'écoute, mais également d'un Oscar pour la catégorie « Meilleure Musique de film ». Elton John recevra celui de la « Meilleure Chanson » avec Can You Feel the Love Tonight, petite bluette plutôt jolie mais sans grand intérêt. Le reste des chansons n'est toutefois pas du même tonneau, et auront été plus appréciés par le public. Qui n'a jamais entendu Hakuna Matata ? Ce n'est qu'un exemple, mais des morceaux comme L'Histoire de la Vie ou Be Prepared ont tout autant de frissons de plaisir à faire partager.
En 1994, Disney régnait sans partage sur le monde de l'animation avec Le Roi Lion, production à l'origine mal considérée mais qui deviendra le plus gros succès de la firme, qui plus est mérité. L'histoire voudra que Disney ne retrouve jamais la grande recette qui aura fait de Simba et ses acolytes des indémodables du petit écran.
Nicolas []

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