6.5/10Pop redemption, le métal au pays des fraises

/ Critique - écrit par Loïc Massaïa (), le 05/06/2013
Notre verdict : 6.5/10 - et ton ampli, il va à 11 ? (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 6 réactions

Chaque été, depuis leur adolescence, les Dead MaKabés se paient ce qu’ils appellent prétentieusement une "tournée d’été" - quelques concerts dans des festivals du fin fond de l’Europe.
Mais, pour ces quatre copains, la crise de la trentaine couve et cette semaine de récréation risque bien d’être la dernière, surtout quand ils se perdent dans un hameau en plein "Festival de la fraise".
Difficile de rester fidèle à ses idéaux quand on est membre d’un groupe de black metal…


Citation de l'album Abbey Road des Beattles, vue et revue, mais qui fonctionne toujours

Pour son premier long métrage, Martin Le Gall s'accapare les codes des traditionnels "films de pote", et les intègre dans un contexte rare au cinéma : celui de la musique, encore mieux, du métal.

Genre dérivé du rock, peu populaire et surtout absolument méconnu, le métal connaît encore aujourd'hui de très grands préjugés de la part du grand public. Dès lors on se demande à qui s'adresse le film. Aux "métalleux" ? certainement, mais pas seulement, car en dehors de quelques rares privates jokes qui parleront aux initiés, Pop redemption est avant tout un film TRES grand public, qui fait rire. Beaucoup rire.


Les Dead Makabés à la Fête de la fraise.

Les situations, plus cocasses les unes que les autres, et l'efficacité des dialogues (que ne renierait pas Alexandre Astier, crédité comme acteur, mais aussi comme ayant participé au scénario) apportent une certaine modernité à un "genre" qu'on pensait éculé. Il dépeint aussi très bien l'incommensurable ignorance de la plupart des gens concernant cette musique, qui s'apparente bien souvent à un certain mode de vie, à une certaine vision du monde. Les thèmes abordés parleront à beaucoup, notamment cette quête identitaire au sein d'une société où l'on est forcé -un jour ou l'autre- d'entrer dans le moule.

Le film réussit son contrat en très grande partie : celui d'être sans prétention et de divertir. Il réussit même la rareté de véhiculer du bonheur en bobine, tant on en ressort léger et souriant.

Pourtant je ne peux lui mettre une vraie bonne note. Si le film s'arrêtait à tout ça, il vaudrait pour moi un bon 7,5 ou 8/10. Notez bien que si vous n'êtes pas sensible aux propos qui vont suivre, vous pourrez très bien vous en contenter :


Julien Doré est parfait, drôle à en mourir !

Le principal et grave défaut du film à mes yeux est sa morale sous-jacente. Il véhicule un discours artistique que revendiquerait bien TF1, et ça je ne peux pas laisser passer... En somme, "l'intégrité artistique est une aberration dans notre société telle qu'elle est faite. On ne peut rester intègre et être heureux, finalement c'est quand on en revient au populaire, qu'on plaît aux gens, qu'on prend soit-même du plaisir."

Si je ne suis pas un absolu défenseur de l'intégrité artistique, de la dévotion la plus totale à son art, je ne peux rester indifférent lorsqu'une oeuvre pousse à rentrer dans le moule, plutôt qu'à rester soit-même.

Cette vision reproduit honteusement une idéologie prônée essentiellement par l'industrie de la musique et du cinéma, par des Majors qui tentent de formater la créativité artistique. Elle connote aussi une vision ultra caricaturale du "metalleux" comme éternel ado en constante rébellion, qui ne pourra dépasser ce stade que lorsqu'il aura mûrit (où mûrir équivaut à rentrer dans le moule sociétal).

Tout cela est certainement inconscient de la part de Martin Le Gall, on sent une véritable honnêteté dans la simplicité du film et le plaisir qu'il procure. Certainement que le réalisateur et ses co-scénaristes ont voulu parler de personnes simples, dont les ambitions se font manger par la vie. Seulement, ce n'est pas le seul discours qui transparaît en filigrane, et c'est bien dommage.

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