Difficile de ne pas être attiré par Peur(s) du noir, son affiche intrigante, ses noms 
Blutchprestigieux, sa diffusion confidentielle (ça flatte l'égo), ses prix (reçus au festival de Rome, festival du film fantastique de Gerardmer, festival de Sundance, festival d'Angoulème, festival de Rotterdam et festival Anima) et ses critiques dithyrambiques. Car s'il y a bien une chose sur laquelle la grande majorité des spectateurs semble s'accorder, qu'ils soient pigistes pour Télérama, les Inrockuptibles ou bien simple commentateur sur Krinein, c'est la qualité extraordinaire de ce film.
Sauf que non.

Lorenzo Mattotti Plus qu'un film, Peur(s) du noir est un ensemble de 6 courts métrages regroupés en une seule projection. Deux d'entre eux sont découpés en tranches et sont insérés entre les autres. Leur point commun ? Le noir. Réalisés par des auteurs de bandes dessinées français, américains et italiens, ces courts métrages ne partagent qu'un choix graphique, avec plus (Blutch, fantastique et McGuire, époustouflant) ou moins de bonheur. On voudrait nous faire croire que le fil conducteur de l'ensemble est la peur, mais on a bien du mal à la trouver. Non pas que le but de ces films soit de susciter chez le spectateur la peur, mais ils sont censés illustrer ces peurs intimes, celles qui nous poussent à nous enfoncer dans notre lit lorsqu'on est petit, celles qui vous font hésiter à chaque pas en allant à la cave, celles qui vous font dérouler tout un film dans votre tête pour une simple ombre non identifiée sur le sol du couloir menant aux toilettes à une heure du matin. Or c'est tout autre chose que l'on nous propose ici puisque question scénario on ne dépasse bien souvent pas le niveau d'une soirée passée à se raconter des histoires d'horreur entre collégiens.

Richard McGuire S'il ne fallait en retenir qu'un, ce serait McGuire. Son film en aplats de noir et blanc n'en met pas plein la vue, laissant la part belle à l'imagination du spectateur. L'histoire de fantôme n'est finalement qu'un prétexte pour illustrer une bataille entre le noir et le blanc qui sont tour à tour tantôt salvateurs, tantôt terrifiants. On saluera l'idée de la botte perdue, qui est un artifice scénaristique totalement inutile dans le cadre de l'histoire, mais qui permet à notre esprit de dessiner les contours du corps complet à partir de la seule représentation de la tête, des mains et d'un pied. Tout simplement grandiose. Mais également très lent et ennuyeux. Le quart d'heure que dure ce film est sans aucun doute la durée maximale pour ce genre d'essais artistiques, même lorsqu'il s'agit d'un essai transformé comme c'est ici le cas.

Charles BurnsHélas, trois fois hélas. Les autres dessinateurs et scénaristes ne lui arrivent pas à la cheville. Blutch propose un travail superbe mais illustrant une histoire banale, sans invention, prévisible au possible et vide de sens. Le tout ayant au final bien peu à voir avec le thème. Charles Burns nous présente une histoire construite, mais bien trop prévisible pour présenter un véritable intérêt. On retiendra le traitement graphique, assez sympathique avec sa 3D que l'on dirait tout droit sortie d'un comics. On s'empressera d'oublier le doublage, d'une qualité bien pauvre en dépit des deux noms (Aure Atika et Guillaume Depardieu) célèbres qui se cachent derrière les voix. Mattotti et Kramsky nous ressortent eux une version animée du livre qu'ils ont écrit et dessiné à quatre mains en 1999 mais qui n'a jamais franchi les Alpes. 
Marie CaillouUne histoire un peu pauvre, dénuée de fin et dont les éléments annexes sont trop vagues pour qu'ils puissent faire croire qu'il existe un sens derrière tout cela. On se consolera avec un dessin très agréable à l'œil, bien que clairement plus à sa place dans un livre illustré que dans un film, où il perd en puissance évocatrice. De la même manière, Marie Caillou nous livre ici une histoire un peu pauvre servie par un dessin mignon. Les aplats de couleurs sans bordure font des merveilles dans cette histoire de fantômes où le flou est l'important.

Pierre Di Sciullo Des histoires fades, sans invention, sans grand intérêt et fort peu liées au thème original, voilà le véritable point commun de ces courts métrages d'animation. Plus que la déception, c'est l'énervement qui domine devant ce film qui, en étant présenté sous forme de courts métrages sortis les uns après les autres, aurait évité nombre de bâillements à l'assistance. Les partis pris graphiques ont beau être tous intéressants, ils sont également ennuyeux. Passé les quelques premières minutes lors de lesquelles ont s'émerveille devant le coup de crayon des différent artistes, on en vient à s'ennuyer ferme. Le seul court métrage échappant à ce schéma est celui de Pierre Di Sciullo, qui nous présente des formes géométriques mouvantes « illustrant » un discours incohérent et barbant au début mais devenant au final drôle et pertinent. On s'amusera en remarquant que pour un film mêlant bande dessinée et cinéma, c'est finalement un court métrage plus proche d'une émission de radio que d'autre chose qui se révèle le plus intéressant.
Peu de cohérence, peu de fond, peu de constance. Ce film est un essai graphique intéressant certes mais ennuyeux au possible. Quitte à voir de la bande dessinée noir et blanc au cinéma, on se tournera vers Persepolis ou encore Sin City, tous deux bien moins artistico-intello-pompeux.
Kei []

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