Il y a de ça presque un an, j'ai essayé de vous convaincre des qualités de Casablanca Driver malgré les réticences possibles que l'on peut avoir vis-à-vis de l'humour des Robins des Bois. Aujourd'hui, le temps est venu pour moi d'essayer de vous convaincre que Maurice Barthélémy, réalisateur du film nommé ci-dessus et membre emblématique des Robins de Bois, peut se prévaloir d'une sensibilité à fleur de peau et d'un regard de cinéaste qui n'a rien de commun.
Une heure et dix minutes, peut être quinze à tout péter. Telle est la durée du Papa de Barthélémy, durée pendant laquelle il cherchera à nous peindre la relation tragi-comique qui se tisse entre un fils et son père, tous deux endeuillés par une disparition bouleversante qui sera loin d'être exposée dans les détails. Là n'est pas le but, de toute façon, puisqu'il ne s'agit pas ici de présenter une intrigue au sens propre du terme (l'absence du résumé en est la conséquence, d'ailleurs). Juste des faits : le père, poignardé au plus profond de son être, qui s'efforce de garder le sourire et de divertir son rejeton ; le fils, trop jeune pour pleinement réaliser, qui se pose des questions et cherche à comprendre. Et... Rien d'autre. A la limite, un troisième personnage à peine survolé, juste l'affaire de quelques minutes, qui nous donnera les moyens d'interpréter sans pour autant savoir. Je le répète, là n'est pas le but. Ne vous attendez donc pas à une débauche sentimentaliste, des pleurs à tout va, au traitement tragique auquel on pourrait s'attendre sur ce genre de synopsis. Maurice choisit la simplicité dans sa plus pure condition, celle qui peut ennuyer, d'un côté, et bouleverser, d'un autre. Car si l'humour est un trait incontestable de Papa, il n'est qu'un pion dans le dessein du réalisateur, comme une sorte de masque judicieusement placé sur le visage de la tristesse. On en ressort un peu décontenancé, déstabilisé par une oeuvre si simple balancée entre humour un peu décalé (un exemple entre autres : la chanson « Jésus est né en Provence ») et sujet difficile. Une simplicité que l'on retrouve dans la réalisation, dénuée d'effets de style et même d'effets tout court, et dans le jeu des acteurs, sobres et justes dans la plupart des cas.
A l'image de Casablanca Driver, Maurice Barthélémy signe un film d'auteur en constante déphase avec le paysage cinématographique français, à la fois drôle et émouvant, sans pour autant plonger dans le mélodrame insipide et creux. Une oeuvre intime, personnelle, prometteuse, un peu retenue, mais incontestablement charmante.
Nicolas []

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