Comme Romero, Tobe Hooper a l'avantage et l'inconvénient d'avoir réalisé un film culte et depuis, de n'être plus relié qu'à celui-ci. De fait, pour qui n'a pas suivi à la trace la carrière du réalisateur, une bonne partie de la filmographie de Tobe Hooper se trouve dans l'ombre de Massacre à la Tronçonneuse, son chef d'oeuvre, ce pour quoi on l'accoste dans la rue ou dans les festivals. A croire que son curriculum vitae aurait pu s'arrêter là, comme il a commencé, en 1974. Mais le boulot d'un réalisateur étant de réaliser, Hooper a fait son chemin, hélas pour lui sur les routes de la guigne. Après les joyeux exploits de Leatherface, c'est désormais à la poignée de téléfilms sans âme ou indigne de son statut émaillant son oeuvre récente que Tobe Hooper est associé. Une situation dont s'indignent les fans, mais n'était-ce pas tendre le bâton pour se faire battre que de jouer les prête-noms en mettant en boite l'affligeant Crocodile ? Mortuary, que l'on attendait pas sur grand écran, est donc un évènement doublé d'interrogations bien légitimes, où le souvenir douloureux de ces quelques pantalonnades laisse planer une certaine réserve quand à la résurrection d'un roi de l'horreur crapoteuse des années 70. Mortuary prend des allures de film-charnière, celui qui apportera la preuve que Tobe Hooper est toujours un grand, ou un has-been pour de bon. Pas très confortable comme ressenti, n'est-ce pas ?
Le début est enthousiaste. La moue de suspicion disparaît petit à petit. L'envie d'y croire s'établit pour de bon. Une mère de famille, Leslie Doyle, s'installe avec ses deux enfants dans une petite ville, où elle reprend une vieille entreprise de pompe funèbre. La maison est crade, le cimetière accolé lugubre, l'agent immobilier inquiétant à souhait. Mortuary a du style. Une classe. Une patte indéniable, maniant l'humour noire, le macabre, les rapports parents-enfants, dans un visuel que l'on dirait délavé. Les personnages principaux comme secondaires sont attachants, parfois drôles. Un shérif costaud que la timidité fait bafouiller. Une tenancière de snack revenue de tout, excepté sans doute de ses trips à l'acide. Un petit monde attachant, baignant dans une certaine mélancolie où surnagent parfois le burlesque. Le premier embaumement de Leslie, forcément raté, est hilarant. Le premier cadavre vu par une jeune fille qui ne voulait que s'amuser, provoque larme et incompréhension. Cette ambiance étrange, entre le rire et la tristesse, témoignant d'un immense respect pour la mort et ceux qui en sont frappés, fait que l'on retrouve dans Mortuary ce qui hantait, il y a quelques dix ans de cela, le Dellamorte Dellamore de Michele Saovi. Le tout aurait pu continuer de belle façon, et qui sait, aboutir sur un petit bijou de poésie noire. Hélas, cette belle alchimie tourne court. Mortuary prend un virage et le film de la maturité devient un foutoir qui ferait mourir de honte Mike Mendez. Le dernier Tobe Hooper, attendu sur le terrain de l'horreur alors que c'est précisément là qu'il se prend les pieds dans le tapie. Si les premières apparitions de Zombies ont le mérite d'être traités avec sérieux, permettant une scène de repas tour à tour amusante et dérangeante, Mortuary vire rapidement à la guignolade décomplexée et par ce biais, perd tout son charme, la plupart de ses qualités et finalement, son intérêt. Mortuary débute par une certaine fascination, mais termine par un désagréable sentiment de vide. On pourra dire que, sorti des images de synthèses désastreuses qui parsèment son film, Tobe Hooper n'a rien voulu faire d'autre qu'une petite série B, on pourra répondre qu'il a paradoxalement trop bien réussi son coup. Ne trouvant jamais vraiment l'alchimie, la fraîcheur et l'esprit des films d'horreur rigolards vers lequel il semble lorgner, Mortuary donne l'étrange impression que le genre fait du surplace. Les quelques auto-citations jouissives (Massacre à la Tronçonneuse en tête, bien sur), références visibles -Lovecraft- et l'indéniable maîtrise technique du cinéaste n'y changent rien, Mortuary ne rend pas d'autres impressions que celle d'être un film du samedi soir terminé sur un coin de table.
Débutant de façon excellente pour finir bâclé -sorti des Zombies, le bestiaire est assez mal exploité-, Mortuary laisse planer une impression de grotesque. Suffisamment bien fait pour ne pas ennuyer, le film n'en restera pas moins une déception, à la mesure de l'heureuse surprise que constitue sa première partie. Mais finalement, que doit-on reprocher à Tobe Hooper ? De faire de la comédie ? Ce ne serait pas la première fois, ni le premier d'ailleurs. Non, à bien y réfléchir, le plus gros défaut de Mortuary est sans doute d'être sorti trop tard, en plein revival de l'horreur glauque, à une heure où le nom de Tobe Hooper ne vaux presque plus un clou. S'appuyant sur sa notoriété vacillante, Hooper se fait plaisir avec un film potache et sans prétentions, et c'est à peu près tout. Consolons-nous : il y a dix ans, quelque part dans un vidéo-club, entre The Faculty et la Main qui Tue, Mortuary aurait eu tout à fait sa place. On se retrouve donc en 2016, peut-être que le recul et la nostalgie aidant, Mortuary aura gagné quelques galons ? D'ici là, Tobe Hooper nous aura peut-être sorti le film du grand retour. I Want to Believe, comme disait l'autre...
Lestat []

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