Pendant les années 70 et 80, le cinéma populaire italien connaît sa période la plus représentative, enchaînant western, films de zombie, giallos, polar, érotisme, tout en suivant le sillage de films comme les Dents de la Mer ou Mad Max. A la tête de ces légions de films, des réalisateurs mercenaires s'amusant avec tout un bric à brac et une poignée de figurants, passant d'un film à l'autre avec plus ou moins bonheur. Le résultat appartient à l'histoire : des filmographies parfois pantagruéliques, bouffant à tous les râteliers dans l'incohérence la plus totale. Ainsi, si Sergio Martino, tout comme Umberto Lenzi, Enzo Castellari et autres Joe d'Amato, a réussi à se faire un nom en livrant quelques titres brillants dans un ou deux genres particuliers (en l'occurrence, le polar et le giallo), il est aussi l'homme responsable de quelques improbables bisseries comme Atomic Cyborg -mixant joyeusement Terminator à Mad Max 2, Aligator -le titre parle de lui même- ou encore le définitivement culte Continent des Hommes-Poissons. Pas de surprise, La Montagne du Dieu Cannibale, sorti après le Dernier Monde Cannibale mais avant Cannibal Holocaust, n'est pas un film d'auteur mais une pure oeuvre d'exploitation, brassant exotisme, indigènes hargneux, érotisme plus ou moins graveleux, sans oublier une bonne louche d'hémoglobine.
Bénéficiant malgré tout d'un budget confortable, La Montagne du Dieu Cannibale se paye le luxe d'un tournage naturel en Malaisie et de deux têtes connues : Stacy Keach et Ursula Andress, bien mise en avant sur la célèbre affiche du film la présentant ligotée et parfois seins nus, ce qui annonce la couleur quand à la profondeur de son rôle. En ces temps où Ruggero Deodato n'a pas totalement imposé son style, la Montagne du Dieu Cannibale se construit comme un film d'aventure traditionnel. Un homme disparu, une expédition de recherche montée à la va-vite, une forêt mystérieuse, un twist à mi-parcours...Vague cousin des Mines du Roi Salomon, La Montagne du Dieu Cannibale commence ainsi de manière bien sage, suivant quelques grandes lignes toutes américaines, bien qu'agrémentées déjà de quelques scène de snuff animalières héritées de Deodato. Si l'on échappe au porteur Noir qui tombe avec un grand cri, la traversée de jungle hostile, le baroudeur qui connaît les moeurs des "sauvages" ou la cascade à escalader sont quand à eux bien présents. Tout ceci est bien gentil, mais reste léger : où est la montagne ? Où est le Dieu ? Où sont les cannibales ? Il y a bien quelques silhouettes furtives qui ont effrayé Ursula avec un masque en carton bouilli, mais toute plaisante soit-elle, cette Montagne du Dieu Cannibale manque un peu de piquant... C'est alors que se commet l'impensable.
En effet, alors qu'approche le dernier acte, voici soudain que la Montagne du Dieu Cannibale dévoile ses anthropophages et prend le tournant de la folie pure, porte ouverte au gore et au sexe le plus gratuit. Dégustation d'entrailles dégoulinantes, émasculation en gros plan -coupage et cautérisation, histoire de bien faire les choses-, cadavre suintant... Pendant ce temps, Ursula Andress, l'air absent, se retrouve attachée nue à un poteau pendant que deux mignonnes cannibales lui appliquent langoureusement quelques peintures rituelles. A ces quelques caresses gentiment grivoises succède le point de non-retour : une drogue aphrodisiaque, plongeant la tribu cannibale dans une frénésie sexuelle dont la gratuité est difficilement résistible. Point d'orgue de ces ébats crus et sauvages (et boueux...), un cannibale décidant de délaisser ses congénères pour forniquer avec un énorme cochon qui n'en demandait pas tant. Hollywood parait soudain très loin. Liée à son bout de bois, sa nudité filmée sous toute ses formes, Ursula Andress ne semble pas loin de penser la même chose.
Que dire au final de cette montagne paillarde, dont les écarts de conduite ramènent aux exactions d'un Bruno Mattei ? Un constat simple peut être : Sergio Martino n'est pas n'importe qui. Le style très carré adopté pour l'occasion convient parfaitement à cette escapade tropicale à l'ancienne. Réalisation soignée, pas trop de coup de zooms, tout au plus l'amateur de nanar pourra se délecter de la fin qu'un énorme faux raccord rend complètement improbable. De fait, La Montagne du Dieu Cannibale s'apprécie au premier degré pour ce qu'il est : un film pas renversant, mais techniquement réussi. Entre le divertissement et l'outrageusement commercial, pour le meilleur et pour le pire (cet iguane éventré, était-ce nécessaire ?), apprécier pleinement la Montagne du Dieu Cannibale est possible en faisant quelques concessions morales. Les plus curieux attraperont la version intégrale sortie en DVD français, les plus sensibles feront l'impasse sur le gore, la zoophilie et les séquences snuff avec les éditions vidéos sorties de-ci de-là.
Lestat []

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