Plus gros succès pour un film d'animation avec 330 millions de dollars, dont 70 le premier week-end d'exploitation, et intrusion inopinée à la sixième place dans le classement des plus grand triomphes du box-office américain. La réussite tient en un mot : Pixar. Une filiale de la bannière Disney créativement indépendante, libre alors de mener à bien les projets qu'elle veut sans être trop inquiéter par la politique de la maison mère. Ai-je bien besoin de vous citer Toy Story et sa séquelle, 1001 Pattes, Monstres & Cie, et la petite tripotée de courts-métrages tous plus réussis les uns que les autres, pour vous convaincre du talent et de la véritable différence que la firme creuse avec les autres productions Disney ?
Ecarté du fait que les gens de chez Pixar se conditionnent véritables magiciens de l'image, artistes complets parvenant à entrevoir la subtilité entre réalisme et monde imaginaire, ce qui singularise les films d'animations en émanant des autres productions animées, c'est bel et bien le génie des scénaristes et la tonne d'idées qu'ils influent à une simple image stéréotypée que l'on pourrait avoir de la vie quotidienne. Un simple poisson ? Bien sûr que non, l'imagination avant tout. Il n'en faut pas plus à Pixar pour livrer à chaque sortie une histoire non seulement divertissante, amusante, ingénieuse, mais aussi touchante et réflexive, sans être moralisatrice comme pourraient l'être certaines autres. Pas besoin d'aller plus loin, le succès ne tient qu'à ça.
Depuis la cruelle disparition de sa chère petite concubine Corail et de trois cents quatre-vingt dix neuf de ses fils, Marin voue une peur bleue à l'océan et ses multiples dangers. Et le bien-être du quatre centième rejeton, Némo, impose selon lui d'être doublement vigilant. Même quand le petit poisson quitte le foyer familial pour son premier jour d'école, avec au programme la visite du Grand Ravin. Le Grand Ravin ?! Bien trop dangereux pour un pauvre petit poisson-clown à la nageoire atrophiée ! Parti récupérer son fils, Marin assiste impuissant à l'enlèvement de celui-ci par une monstrueuse créature dotée d'un masque, qui ne perdra pas de temps pour filer en bateau. Le papa n'a plus alors qu'une seule idée en tête : récupérer Némo...
Je visualise : poisson-clown. Mon esprit tortuesque et dérangé pense alors immédiatement à un poisson au nez rouge n'arrêtant pas de lancer des blagues. Et c'est exactement ce que fait Pixar. « Tu dois êtres super-drôle toi, raconte-nous une blague ! », lancent les autres parents d'élèves à l'anxieux petit papa qui ne peut se résoudre à laisser partir son tout petit fils à l'aventure de la grande dame bleue. C'est pourtant le sur-protectionnisme envers Némo qui poussera celui-ci à prendre des risques inconsidérés avec comme terminus le bocal très culturel d'un dentiste de Sidney. Marin, à la poursuite des ravisseurs, tombe alors sur Dory, classe poisson-chirugien bleu, une guide bavard victime de crises d'amnésie chroniques. Une première rencontre, et certainement pas la dernière, passant du requin résigné à ne plus manger de poissons, à la tortue - surfeuse toujours au top de la coolitude, en passant par le banc de poissons adeptes du mimétisme et le pélican samaritain.
Ceci pour exposer que la principale force du Monde de Némo ne réside pas forcément en la prouesse technique proprement hallucinante des animateurs de Pixar, mais bel et bien en l'imagination qu'ils vouent à leur nouveau bébé, avec toute la rigueur qu'ils ont déjà fait preuve avec les précédents. Le flot de gags, de bons mots, est parfois tellement dense qu'on se demande parfois si les petits nenfants, pourtant principale cible du film d'animation, pourront suivre avec toute l'attention requise le fil conducteur du film mené à fond les nageoires. Captivant, tel est le seul mot qui me vient à esprit en repensant à l'immense épopée du poisson-clown Marin, aux nombreux rires et sourires qu'elle m'a inspirée, et à l'émerveillement contant imposé par le savoir-faire des cinglés de Pixar à l'humour ravageur. Même le côté sentimentaliste du film, indispensable, se révèle eau douce tellement il est amené de façon simple mais pertinent, sans chercher à moraliser, démontrant une réelle aptitude à jongler entre les différents aspects d'un film tout en conservant sa propre vision des choses. Grâce certainement rendue aux scénaristes et réalisateurs, au sommet de leur art, redoutables de précision quand il s'agit de trouver l'équilibre parfait entre rigoloire pour enfants et divertissement grand standing pour adultes.
Un nouveau chef-d'oeuvre incontestable émanant tout droit des esprits complètement dérangés de chez Pixar, démontrant avec une pertinence certaine leur génialissime talent lorsqu'il s'agit de faire rêver et faire rire aussi bien les enfants que les adultes. Humour, aventures, émerveillement, inventivité, la liste des qualités est encore très longue, tout du moins assez pour considérer avec une certaine aigreur le prochain film d'animation Disney (Frère des Ours) qui aura bien du mal à soutenir une éventuelle comparaison artistique (dans tous les sens du terme) avec le joyau de l'animation aquatique.
Nicolas []

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