May...qui est May ? May est tout simplement une jeune femme, un de ces êtres humains comme il y en a tant. La jeune femme qui n'a pas eu beaucoup de chance dans la vie, vie qui a fini par lui faire peur, quitte à la fuire pour l'imaginaire. Des amis, elle n'en a pas. Des petits copains, il ne faut même pas y penser. Un strabisme divergeant, ça n'améliore pas les relations humaines. La vie de May, c'est sa poupée, Soozie, cadeau de sa mère alors qu'elle était enfant, et la couture. Car May coud. Coud beaucoup : les panses des animaux à la clinique vétérinaire qui l'emploie, les vêtements qu'elle fabrique elle-même.
Adam est un jeune homme. Un beau jeune homme, même. Il est grand, plutôt musclé, les cheveux longs. Un peu bizarre peut-être ? quand on est fan d'Argento et de films gores, on ne peut que l'être, parait-il. May trouve qu'il a de belles mains. Malgré tout ses stratagèmes, ce n'est qu'a la laverie qu'elle osera l'aborder. Ils se lient, elle lui fait des pâtes, il lui montre son film : deux amants se dévorent l'un l'autre. Quand vient le moment de passer à l'acte pour May et Adam, la jeune fille, qui n'y connaît pas grand chose, croit bien faire. Cela ne se passe pas comme prévu, Adam quitte la chambre. Plus seule que jamais, May trouvera le réconfort dans les bras de sa collègue de travail, lesbienne délurée qui s'avèrera plutôt volage. Dès lors, c'est la dégringolade pour May qui en viendra à suivre le vieux conseil de ses parents : si tu veux un ami, fabrique-le...
Lucky Mc Kee, Californien, n'est à première vue pas homme à s'encombrer de sentiments. Fan de Truffaut et de gore italien, ses premières armes se trouvent être une production purement Z, All Cherleeders Die, film d'horreur rigolard avec des Pom Pom Girl. Les surprises proviennent souvent de là où on les attend le moins et May, de surprise, en est une sacrée. Plus qu'un film d'horreur au sens pur et dur du terme comme il fut abusivement catalogué, May est un drame, une tranche d'une vie solitaire et incomprise qui laisse éclater ses pulsions dans un sens de la réalité qui lui est propre. L'esprit de May est malade, anéanti par une enfance douloureuse et c'est un voyage extraordinaire que propose le film, partant de petits riens, laissant ici et là quelques indices pour s'achever dans la poésie et la noirceur. May prend le temps de se mettre en place, à trouver ses marques, suivant cette jeune femme timide qui découvre la vie avec une justesse touchante. Un parti pris qui prouve à lui seul que le film n'a pas sa place dans le genre horrifique, se plaçant parfois à la limite du contemplatif avant de s'accélérer à mesure que s'approche le dénouement. Un dénouement superbe où May crache toute sa haine et son malheur en réalisant son rêve et qui s'achève sur un dernier plan, un seul, qui bascule soudain dans la beauté d'une scène fantastique inattendue, où le rythme se ralentit, moment intimiste où l'apaisement prend place et la réalité n'a plus lieu d'être, offrant là peut-être l'instant le plus émotionnel du métrage. May est un film fascinant, emmenant le spectateur dans un univers à part où la violence fait place à la douceur, à la sensualité, porté par la performance d'Angela Bettis. Angela Bettis qui donne corps au rôle titre et se fond dans ce personnage ambivalent, dont il est impossible de déterminer la vraie nature. May dont l'ambiguïté de personnalité se caractérise même par le physique passant de la laideur à la beauté fatale d'une vamp. Deux ambiances que l'ont retrouve au coeur du film même, opposant une traumatisante et brutale énucléation, qui accueille à froid le spectateur sans autres formes de procès, à d'autres scènes toute aussi explicites qui se font étrangement plus calmes, moins excessives, à la violence feutrée. Je n'ai pas parler des autres acteurs. Citons Anna Faris. L'Anna Faris de Scary Movie qui prend ici un rôle complètement à contre-emploi, en campant une véritable garce croqueuse...de femmes. Bluffant. Si Mc Kee est désormais un réalisateur à suivre de prêt, Anna Faris prouve ici un talent indéniable que les blagues scato des films des frères Wyans ne laissaient pas transparaître. Oui, May est un beau film, un film triste qui trouve le ton juste, évitant le larmoyant ou le ridicule, et ne faisant pas tomber son héroïne dans un pathétique trop appuyé. Une sorte de réalisme qui donne à l'histoire toute son émotion et toute son aura si particuière. L'humour est présent, rare, très noir. Aurait-il pu en être autrement ?
Lucky Mc Kee a bien sur ses références. Carrie pour commencer, dont May reprend certaines bases. Le Mythe de Frankenstein également, où un personnage mélancolique cherche sa place dans une société qu'il ne peut comprendre. Quelques clins d'oeil aussi, dont le personnage d'Adam est l'intermédiaire rêvé aux citations du réalisateur. Adam qui signe son court métrage en Italien, par hommage à ses propres modèles. Une mise en abîme intéressante, Mc Kee se plaisant d'ailleurs à répéter que May est un film en partie autobiographique. Si le cinéma doit servir maintenant d'autopsychanalyse, souhaitons que les expériences futures soient aussi réussies. Lucky Mc Kee a lâché un film inclassable qui ne convaincra pas tout le monde. Un film résolument adulte, fort, émouvant et subtil, à voir en n'oubliant pas qu'il s'agit de l'histoire d'une vie...
Je souhaiterai finir par un coup de gueule, histoire que l'appellation "critique" soit pleinement justifiée. Je ne me plains pas vraiment de la distribution des films, d'horreur ou non, en France, j'estime même qu'à ce niveau, nous sommes encore bien lotis. Mais c'est tout de même scandaleux qu'un film du calibre de May ne bénéficie en tout et pour tout que de 25 copies pour tout le territoire...
Lestat []

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