« Renouveau de la comédie romantique italienne ». C'est sur ce postulat un tant soit peu ambigu, et gonflé de fierté par cinq David Di Donatello (les récompenses cinématographiques italiennes, équivalents des césars français), que Juste Un Baiser de Gabriele Muccino débarque en France avec les fanfares d'une grosse production américaine. Et même si sa publicité relativement démesurée pourrait au premier abord paraître infondée, Juste Un Baiser présente un certain nombre de qualités à le faire presque passer pour un incontournable de la comédie sentimentale.
A l'approche de la trentaine, Carlo (Stefano Accorsi) voit sa passion pour sa compagne Giulia (Giovanna Mezzogiorno), enceinte de trois mois, s'estomper d'une manière inquiétante. Surtout qu'un de ses amis, Adrianno, ne cesse de tirer la sonnette d'alarme à propos de l'immersion d'un nouveau-né dans le couple conjugal. Le doute s'empare alors de lui lorsqu'il rencontre la jolie Francesca (Martina Stella), une étudiante de 18 ans sympathiquement entreprenante : peut-on véritablement passer sa vie à vouer ses sentiments à la même personne sans jamais regarder ailleurs ?
Véritable phénomène de société en Italie, au point de comparer le jeune réalisateur Gabriele Muccino aux grandes figures de la comédie sentimentale italienne que sont Dino Risi (Parfum de Femme, Valse d'amour, etc.) ou Ettore Scola (Le Drame de la Journée, Une Journée Particulière, etc.), Juste Un Baiser nous parvient comme la mise en image grinçante des sentiments de l'homme au point culminant de sa vie : le passage de la trentaine. « Nous n'avons plus vingt ans, mais par la grâce de Dieu on n'en a pas encore quarante. A quarante ans, la vie est presque finie, ça on est bien d'accord », nous confie Paolo, regard plus qu'amère sur le passage inévitable à l'état adulte. Il faut en terminer avec cette prétendue liberté inhérente à la mentalité adolescente et commencer à penser comme un père de famille, construire l'avenir de ses enfants et... Se résigner à passer le restant de ses jours aux côtés de la même personne, vieillir progressivement dans la monotonie du mariage, habitué à sa compagne et regrettant sans cesse les années passées à croire en l'amour éternel ? C'est à quoi Juste Un Baiser cherche à donner un début de réponse, par la mésaventure de Carlo, goûtant au fruit de l'adultère et mettant en péril l'avenir de son couple pourtant bientôt parent. Au milieu de son incertitude, sa rencontre avec la trouble-fête Francesca apparaît presque comme un évènement providentiel, la fraîcheur inhabituelle qui pourrait bien redonner du piment à sa triste existence.
Mais Carlo n'est néanmoins pas le seul à douter, Juste Un Baiser explorant également quelques autres comportements dans la même problématique. Adrianno, papa, ne supporte plus les changements survenus chez sa moitié avec l'arrivée de l'enfant, et se laisse embarquer dans le délirant projet de Paolo ; Paolo, face à la déception amoureuse et à la pression parentale qui cherche à le « caser » professionnellement, décide de partir à l'aventure pour vivre dans le désert ; une idée qui séduit également Alberto, « couche avec une femme différente chaque soir », vivant au jour le jour et se désintéressant d'un potentiel changement dans sa vie. A une autre échelle, ce sont les parents de Giula qui se déchirent, symbole de l'instabilité qu'un couple peut subir avec le poids des âges, mais aussi, paradoxalement, ode à la vie conjugale et au bonheur simplement atteint.
Si l'aspect visuel ne présente pas vraiment d'inventivité ni d'effets de style insolites, ce n'est que pour mieux dé-caricaturer les personnages et les rendre plus proches, plus crédibles. Et cela même si les chassés-croisés sentimentaux restent assez caractéristiques des représentations sociales que l'on peut se faire des italiens. Muccino ne parvient pas toujours à éviter les longueurs, mais fait preuve d'un sens particulier de la mise en scène probablement à l'origine du raz-de-marée de compliments à l'égard du film.
Une comédie sentimentale beaucoup moins caricaturale que pourrait l'être une équivalence française, souvent poignante (la scène finale a de quoi faire frémir), rarement ennuyeuse, et enluminée de quelques bribes de réflexions sociologiques admirablement mises en valeur.
Nicolas []

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