Tout le monde, certainement, connaît Sean Penn en tant qu'acteur. Et la plupart des gens s'accorde pour dire que c'est un acteur majeur. Mais il a au moins une autre corde à son arc : il est aussi réalisateur. Et là aussi, c'est presque un consensus. Son dernier film Into the wild a bénéficié d'une très bonne aura et de bonnes critiques.
Mais ce qui m'a décidé à aller le voir, ce n'est pas Sean Penn. Ce n'est pas le casting, ni même l'affiche. Non ce qui m'a décidé, c'est la photo qui illustrait l'article concernant Into the wild dans le programme de mon cinéma.

Walk like a canadianCet homme qui marche seul, dans un paysage magnifique et désertique. Quelle photo terriblement puissante et évocatrice. Surtout quand on associe cette photo à la description du film. Pensez donc : un enfant de très (trop?) bonne famille qui vient d'obtenir son diplôme décide de tout laisser tomber, d'oublier son identité pour aller vivre SA vie. Qui n'a jamais rêvé de tout laisser derrière soi, cette société étouffante, forcément hypocrite? Le ver est dans la pomme, jetons donc la pomme pour aller créer sa propre pomme. Après un dernier tour des Etats Unis pendant lequel ce petit jeune au brillant avenir, futur d'Harvard, va découvrir des "vrais" gens (des gens qui ont le coeur sur la main, qui ont compris ce qu'était la vraie vie, proche de la nature), il va réaliser son rêve : partir loin de tout, loin de tout le monde, dans la nature. En Alaska.

Fiers de jouer dans Into the wildAh qu'il est loin le temps de l'industrie miracle, du progrès magnifié ! Aujourd'hui, il n'y a qu'une chose de vraie : le retour à la nature. Et c'est le thème du film. Enfin ça aurait pu être le thème du film, mais Sean Penn semble passer largement à côté du sujet. A moins que ce soit volontaire, mais rien n'est moins sûr. Car Sean Penn est un américain. Et Christopher McCandless (c'est le nom du héros) en est un aussi. Dans son retour à la nature, McCandless va croiser de vieux hippies sur le retour. Au bord d'un énorme van. Il va croiser un agriculteur. Aux moissonneuses batteuses avalant des kilomètres et des kilomètres de champs de blés. Il va se croiser lui-même. Avec au poignet une montre que même la mode bling-bling aurait récusé depuis longtemps. Il va revenir à la vie sauvage. Avec sa bite et son couteau. Mais surtout son bon vieux flingue, parce que pour chasser, c'est quand même plus pratique. Parce McCandless, c'est Supertramp (le super vagabond), un genre de Superman du wild, du genre à affronter des rapides sans avoir jamais fait de canoë, du genre à gravir sans cesse des montagnes, du genre à sauter dans les cours d'eau alors que tout est gelé alentours. Supertramp, le héros des temps modernes ! Vous me direz, bien sûr, que,dans ce tableau, il manque encore quelques bondieuseries habituelles américaines : ne vous en faites donc pas, vous en aurez bien assez.

McCandless est une lumière Et pourtant, McCandless est un tendre. Il s'émeut devant la beauté de la nature. Et d'ailleurs le spectateur le suit parfaitement sur ce plan-là : les décors (naturels évidemment) sont terriblement magnifiques et, du Grand Canyon à l'Alaska, Into the wild est un très beau panorama de ce que sont aussi les Etats-Unis. Et ce retour à la nature est aussi un retour sur lui-même. Comme un parcours initiatique que Sean Penn a décidé, en toute légèreté, de montrer en toutes lettres à l'écran, parce que faut s'adapter à son auditoire, faut guider le spectateur. Emile Hirsch (l'acteur qui joue McCandless) y est magnifique, comme diraient les critiques. En général, ça veut dire qu'il a perdu plein de kilos pour le rôle, voire qu'il s'est fait pousser la barbe. Ici, on a de la chance, on a un très grand acteur, vu qu'il a perdu du poids ET s'est fait pousser la barbe ! (encore que celle-ci soit miraculeusement coupée à ras relativement souvent dans le film). N'oublions pas dans la caricature de ce jeune génie qui choisit une bien drôle de vie, son enfance malheureuse. Parce que vous comprenez bien, ça n'aurait pas pu arriver sans cela.

Et oui, Sean, t'es passé à deux doigts
du chef d'oeuvre Presque. Ca sera le mot de la fin. Car Into the wild est presque un très bon film, mais pas tout à fait. On aurait aimé que le merde au monde lancé par ce gamin soit vraiment complet. En un sens, évidemment, il l'est, mais tant de choses l'empêchent encore de retourner à cet état initial paradisiaque. Mais malheureusement il n'est que presque into the wild. Le film aurait pu être touchant, violent, prenant, militant. Il l'est presque.
Il se peut que, bien sûr, je n'aie pas compris le sens caché du film. Peut-être que tout ce que je lui reproche a été voulu. Peut-être qu'au contraire, Sean Penn ne voulait que raconter une histoire, avec les défauts et les qualités d'un homme. Donc, que tout ceci ne vous dégoûte pas de ce film contre la société-qui-est-la-source-de-tous-les-maux (je le sais, je l'ai entendu à la télé), Into the wild est, malgré tout ce qui a pu être dit plus haut, un très bon film. Presque.
nazonfly []

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