Entendons nous bien. Il y a l'avant, et l'après Final Fantasy VII, et principalement pour nous, pauvres frenchies jugés trop je ne sais quoi pour pouvoir apprécier un RPG japonais comme il se doit. Six Final Fantasy resteront désespérément aux portes de la douane, ainsi qu'un tas de petits congénères tels que les Dragon Quest, Chrono Trigger, et moult autres jeux d'aventure qui font maintenant le bonheur des adeptes de l'émulation. Un seul est véritablement passé au travers : la saga Seiken Densetsu, rebaptisé Secret Of Mana pour l'exportation.
Enfin tout ça, c'était avant la Playstation. Un peu aigri par la Nintendo 64, pour des raisons bassement matérielles très peu intéressantes pour le coup, Square signe avec Sony le développement sur (multiples) CD du nouvel opus de sa saga mythique, un argument de très gros poids dans la vente d'un console quand on observe le nombre de fans japonais du jeu. Et si la machine de Nintendo n'a sur le papier pas grand-chose à envier à celle de son concurrent, le support fait la différence. Square peut laisser libre cours à sa folie créatrice grâce à la place que lui offre le CD-ROM, et se lance dans l'animation numérique, ce qui constitua probablement un argument indéniable dans son exportation européenne. Pas question de rater quoique ce soit : les personnages sont peaufinés, l'histoire brasse un grand nombre de thèmes récurrents à la sage, intensifiés par une bande son mémorable et une qualité graphique, pour l'époque, à tomber par terre malgré des choix assez étranges (notamment la modélisation « super-deformed » des personnages). N'importe quel joueur se rappellera avec une certaine émotion la mort d'Aeris, une sensation que seuls Final Fantasy est capable de procurer.
Jusqu'ici, aucun autre Final Fantasy n'a su remplacer Final Fantasy VII dans les coeurs des joueurs, même si beaucoup s'accordent à dire que le sixième ne souffre d'aucune rivalité (Super-Nintendo, mais pas de version PAL). FF VIII déçoit malgré ses innombrables qualités, FF IX passe presque pour un épisode anecdotique, et il faudra attendre la Playstation II (Final Fantasy X) pour enfin entendre parler de renouveau, à très juste titre.
Ce qui nous amène à Advent Children. Pas un jeu, mais un film d'animation officiant en tant que suite officiel du jeu vidéo. Une jubilation teintée de doutes chez les joueurs, qui redoutent évidemment la transgression du mythe non sans imaginer ce que pourrait donner une refonte de l'univers avec l'expérience et les moyens actuels de Square. Surtout, rappelons nous bien, que la firme maintenant baptisée Square Enix (résultant de la fusion des deux grands monstres du RPG japonais) fut déjà à l'origine d'un bide public monstrueux du nom de Final Fantasy Les Créatures de L'Esprit, un film d'animation pourtant doté de très grandes qualités (notamment numériques) mais malheureusement bien trop éloigné de l'univers que les joueurs ont l'habitude de fréquenter dans les jeux. Final Fantasy version film lorgne plus du côté de la science fiction, les fans ne suivent pas, et Square abandonne l'idée d'un film sur le thème.
Alors, pourquoi ce revirement ? Pas d'idée, mais Square corrige le tir avec une redoutable précision. Non seulement le film renoue avec la Fantasy des jeux vidéo, mais s'appuie sur le best seller incontesté Final Fantasy VII. Le film, pour DVD et UMD (le support filmique pour PSP) exclusivement, n'est certes pas prévu pour le cinéma. Mais croyez-moi, il en a pourtant toutes les qualités.
L'histoire d'Advent Children commence deux ans après les évènements de Final Fantasy VII. L'énergie vitale de la planète avait empêché l'écrasement de la comète de Séphiroth, et permis à lhumanité de perdurer. Mais tout n'a pas eu une fin heureuse. La Geostigma, une maladie mortelle provenant de cette même énergie, contamine la population à une vitesse inquiétante. Cloud Strife, devenu coursier, est lui-même atteint, mais un mal encore plus grand le ronge depuis la perte d'Aeris. Sous ces cieux inhospitaliers, une grave menace se profile à l'horizon : trois êtres aux pouvoirs phénoménaux, connectés à Cloud et à Séphiroth par des liens très flous, se sont mis à la recherche des reste de Genova, la « mère », semant destruction sur leur passage...
Prenez une grande inspiration, et on commence : Final Fantasy VII Advent Children est une des productions Square les plus incontournables de tous les temps, et principalement pour les fans. Ces derniers seront heureux d'apprendre, ou de se voir confirmer, que non seulement Cloud est le héros d'Advent Children, mais aussi que pas un membre de son équipe ne manquera à l'appel, même si certains seront très nettement moins considérés que d'autres. Oui, j'ai bien dit tous, ce qui englobe Aeris, utilisée à bon escient, sans aller trop loin. Du côté des vilains, trois nouvelles têtes très étrangement proches de Séphiroth, affichant la même hargne et la même compétence que leur sinistre modèle. Et entre les deux, une petite partie des TURKS, la division spéciale de la Shinra, jouant un peu la carte de l'humour avec l'efficacité que l'on connaît des japonais (c'est-à-dire peu abordable pour un européen).
Advent Children est une sorte d'épilogue rallongé à FF VII. Son histoire n'est somme toute pas franchement originale, parfois même assez floue, mais permet dans un premier temps de renouer avec les personnages, et surtout d'accroître encore la profondeur psychologique de Cloud qui était déjà bien chargée. L'intérêt du film n'est donc pas dans son histoire, qui est tantôt prévisible sur de nombreux aspects, tantôt claire comme les eaux de la Seine, mais dans le désir apparent des concepteurs de faire un produit spectaculaire sans équivalence. Certains reprocheront peut-être que la modélisation n'est pas assez photographique, mais ce sera probablement le seul argument qu'ils pourront jeter à la tête d'Advent Children quand ils voudront constester l'aspect graphique. Car, croyez moi sur parole, le film se dote de scènes d'action incroyablement réalisées, inventives et rythmées, propulsant le film dans des hautes sphères esthétiques rarement atteintes. Square en rajoute à chaque scène, et transforme son bébé en un spectacle son et lumières des plus ahurissants. Et tout cela, sous la couverture d'une fantaisie débridée qui s'autorise toutes les excentricités.
Et, fan attitude oblige, Advent Children se gave de références à son modèle jusqu'à reprendre certaines attaques spéciales du jeu (= limites) et même le concept des matérias (dont une invocation, mais chuuuut, je ne vous ai rien dit). Quant à la musique, si elle est dans son intégralité d'une qualité très correcte (malgré parfois un petit manque de « peps » dans les moments chauds), elle décolle à plusieurs reprises par la reprise ré-orchestrée de morceaux maintenant devenus mythiques, comme le Thème d'Aeris ou One Winged Angel.
Les erreurs des Créatures de L'Esprit sont digérées, Square livre LE film qui aurait sonné à l'époque le début d'une grande ère cinématographique pour les adeptes de Final Fantasy, une très grande réussite artistique à bien des égards. Le DVD, prévu exclusivement pour la marché nippon dans un premier temps, est finalement prévu en france pour le 07 Juin 2006. Si vous êtes fan de FFVII, nul doute que l'attente sera à la hauteur de la joie visuelle qu'il vous procurera.
Nicolas []

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