La fièvre du samedi soir. Le film a tellement marqué que le titre en est devenu une expression. Avec le temps, on en a oublié le contenu et n'en est resté que l'affiche. Travolta, sous des jeux de lumière scintillants, l'index pointé en l'air et la jambe tendue dans l'alignement. La fièvre du samedi soir est devenu, le temps aidant, l'un de ces films kitschissimes, avatar d'un phénomène musical révolu. Seulement voilà, derrière les costards blancs cintrés et les Bee Gees aux voix suraiguës, il y a un film intelligent, qu'il conviendrait de réhabiliter comme tel.
My generation
Saturday night fever est tout d'abord le symbole d'une génération. Les jeunes de 1962 ont vu leurs vingt ans redéfiler avec American Graffiti de George Lucas, ceux de 1969 ont savouré, dix ans plus tard, le manifeste du mouvement hippie avec Hair, de Milos Forman. La génération disco a eu droit, elle aussi, à son film symbole, sorti en 1977, en pleine apogée du mouvement. Saturday night fever a sans aucun doute été conçu avec pour ambition de fédérer toute une jeunesse en salle. Dans la chambre de Tony Manero, le personnage principal, un poster de Rocky, un autre de Bruce Lee et un troisième d'Al Pacino. Dans Saturday night fever, les jeunes boivent, fument, vivent en bande, baisent à l'arrière d'une voiture et attendent toute la semaine le samedi soir et son rituel de la danse. Difficile de ne pas remarquer le phénomène identitaire. Saturday night fever ne serait donc qu'un produit calibré, calculé pour attirer en salle une foule de jeunes assoiffés de modèles ? Peut-être pas. Ou tout au moins, pas seulement. Saturday night fever sort en 1977, une date butoire. 1977, la toute fin des trente glorieuses, l'explosion du mouvement punk et de la colère sociale. Tandis que les uns s'égosillent sur un God save de queen à la sauce Sex pistols, les autres noient leur désespoir dans la danse, à la fois parade sexuelle et régulateur social. C'est flagrant dans Saturday night fever, la jeunesse est en pleine crise de confiance. A l'image de Tony Manero, elle est coincée chez ses parents et ne trouve rien d'exaltant à devoir se contenter de boulots minables. A l'image de Frank, le frère de Tony, la jeunesse brise avec le traditionalisme des parents, sans pour autant connaître son nouveau modèle. Les jeunes sont montrés comme torturés entre les responsabilités qui tombent trop vite et le besoin d'insouciance.
La grande dépression
Saturday night fever raconte l'histoire d'une rencontre, celle de Tony Manero, petit playboy des quartiers interprété par John Travolta. Coureur de jupon qui passe trois heures par jour à se recoiffer devant la glace, Tony ne trouve de plaisir que dans la danse. Un soir, le jeune homme trouve une danseuse à sa mesure, Stéphanie, une jeune pimbêche se donnant des airs huppés. A partir de ce synopsis, on s'imagine un énième navet typiquement américain. Les deux personnages, antagonistes, apprennent à se découvrir, deviennent complices et filent finalement le parfait amour. Des scénarios sur ce modèle, on en a pondu des millions. Et bien Saturday night fever n'en est pas un supplémentaire. L'histoire d'amour entre Tony et Stéphanie reste du début à la fin ambiguë. Bien sur, les archétypes tombent rapidement, on comprend bien vite que la frime et le pédantisme ne sont que des façades. Pourtant, les personnages, leur relation, malgré les masques qui tombent, restent du début à la fin cohérents. Le discours sur les relations homme/femme n'est pas tendre. Saturday night fever nous montre des hommes machos et des femmes dominées, et à la lecture de l'affiche, on ne s'imagine pas que le film puisse contenir des tentatives de viol. A coté de cela, il y a bien évidemment le phénomène musical. La bande originale de Saturday night fever s'est vendue à 20 millions d'exemplaires dans le monde, un record. Sur cette bande originale, on retrouvait les plus grands titres des Bee Gees, mais aussi Kool and the Gang (Open Sesame) et Walter Murphy (la reprise disco de la 5ème symphonie de Beethoven). On ne compte plus les pas de danse du film devenus cultes.
Saturday night fever est le film de référence du mouvement disco. Un film qu'on ne croirait fait que de danses et de divertissement, mais qui délivre aussi, sous ses faux airs de comédie, une réflexion très pessimiste sur la jeunesse de la fin des années soixante-dix. Une suite complètement nanarde a été tournée par Sylvester Stallone en 1983, intitulée Staying alive.
iscarioth []

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