Les élèves de la célèbre école New Yorkaise PA (pour Performing Arts) se découvrent dans leur milieu naturel au cours de leurs quatre années de scolarité. Ils y évoluent au rythme de musiques 80's et s'autorisent tous les débordements permis par leur statut. Au fur et à mesure de leur apprentissage technique, ils deviendront également de jeunes hommes et femmes confrontés à la difficulté de la vie et aux réalités d'un monde en pleine transgression vers la décennie suivante. Le très prochain remake homonyme de cette belle histoire que nous narrait Alan Parker nous fait revenir quelques 29 ans plus tôt (j'étais même pas né) pour revisiter nous aussi un film assez marquant à l'époque pour donner vie à une série de six saisons moins de deux ans après son succès.
Fame commence dans un anonymat profond et nécessaire, celui des auditions. On y suit dans une cacophonie aiguë mais maîtrisée qui s'étendra de manière chronique 
tout au long du film, le destin de jeunes étudiants dans les métiers des arts et spectacles. On y découvre progressivement un mélange de caractères forts et de personnalités en devenir qui se répartissent entre les différents départements de la prestigieuse école. Les danseuses et les danseurs s'échauffent dans les couloirs tandis que les musiciens s'installent où il reste de la place pour répéter quelques notes avant leur passage. Les aspirants acteurs éparses se concentrent sur leurs lignes avec la ténacité et le stress d'un premier passage devant critiques. Le groupe ainsi formé est aussi hétéroclite que la ville spécialiste du Melting Pot américain dans laquelle prend place l'histoire. New York bien évidemment.
Fame est une comédie musicale mais c'est avant tout une fresque sociologique. Certes le groove qui l'anime est un de ceux qui pavent de bonnes intentions l'ouverture d'esprit à la musique post-disco, mais c'est avant tout un instrument comme le sont ces jeunes gens à l'innocence ingénue qui se voient asséner dès leur 
entrée en salle de classe un fatalisme d'une grande noirceur. Au travers de quelques destins donc, l'oeil avisé d'Alan Parker met en orgue des caractères symboliques, pour y donner un sens symphonique à la manière de ses gros plans sur les instruments qui jalonnent de-ci de-là sa vision d'une vie en école artistique. Le don pictural du pittoresque qu'il a exercé dans ces précédentes œuvres cinématographiques est particulièrement bien senti dans ce dernier tableau et il habille de craquelures et de bois émoussé les vestiges de la grandeur et la grandeur des destins sans les distinguer. Il prend alors possession de sa baguette de chef d'orchestre, lequel est un symbole d'une présence subtile tout au long du film (jusqu'à apparaître dans le grand final où il clôture le dernier mouvement musical par un geste fatal) et il donne ses ordres en douceur et avec précision.
Oui, le film est beau et touchant et ne fait pas que rentrer sournoisement dans les travers du métier d'acteur ou de chanteur qui sont tous déjà très bien compris par la 
plupart des gens du monde réel. Il ne donne pas non plus dans la légèreté ou la simplicité. Il est tout le temps en évolution vers des sentiments touffus et des délires individuels. Les images donnent aux acteurs le pouvoir d'utiliser un cadre bien jaugé qui commente les détails pour laisser s'épanouir les arabesques et les corps par-dessus les mots qui deviennent presque rares et laissent souvent la place à d'autres modes d'expression plus visuels. On retrouvera également cet amour du marginalisme qu'aime tant Alan Parker, ce don de filmer les pleurs et d'exacerber les émotions comme un observateur averti qui pense à l'endroit où se poser pour avoir la plus vraie des images, la plus singulière des peurs et la meilleure aura de l'âme.
Mention spéciale décernée également aux acteurs et avec une émotion toute particulière pour Paul McCrane (le futur Dr Romano dans Urgences), dont la tête 
rousse et frisée est un témoignage d'époque qui confirme que les cheveux ça peut s'arranger en devenant chauve. Il joue la timidité et chante surtout à merveille, là ou nous ne le connaissons que manipulateur dans son rôle de chef de service insupportable vingt ans plus tard. "Is it Ok if i call you mine?" qu'il interprète avec brio est un moment qui reste gravé dans la mémoire. Et bien sûr, nous ne pouvons que saluer la prestation de danseur de Gene Anthony Ray qui illumine chaque scène par ce qu'il apporte d'authenticité dans le récit. Et pour cause, l'histoire de son personnage est inspirée de la sienne.
Certes oui, le film a un peu vieilli, mais on n'en tient aucune rigueur. On est à l'apogée d'une époque, retranscrite avec tendresse par un homme qui l'aime avec un grand tas de passionnés. On est dans du documentaire collaboratif et intellectuel, certes, peut-être un peu trop, mais au final la fraîcheur de l'instant est inoubliable.
Si la danse, la musique, ou l'art de jouer ne vous parlent pas plus que ça, peut-être que ce n'est pas un film pour vous, et encore car l'histoire est agréable à suivre pour le talent de conteur des acteurs. Dans tous les autres cas contraires, regardez-le si ce n'est déjà fait, ou reregardez-le le cas échéant.
knackimax []

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