En 1964, deux ans après Lolita, Stanley Kubrick réalise son dernier film en noir et blanc, son septième dans une filmographie qui en compte 13 : Dr Folamour ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe (Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb).
Équilibre de la terreur
Dr Folamour est, comme une majorité de films de Kubrick, une adaptation très 
Chevaliers de la Table Ronde, goûtons voir...personnelle du cinéaste. De l'intrigue originale du roman Red Alert, Kubrick conserve le général paranoïaque qui décide d'enclencher le « Plan R » lui permettant d'outrepasser ses fonctions et d'attaquer directement l'URSS, ainsi que les efforts des deux parties pour stopper l'escalade et éviter l'embrasement du conflit. Cependant le film de Kubrick prend le parti d'une ironie mordante et choisit surtout une fin différente, largement pessimiste. Il faut dire que l'époque ne prête pas forcément à l'optimisme : nous sommes en pleine Guerre Froide et l'équilibre de la terreur règne. Cette doctrine militaire vise à équilibrer la puissance, notamment nucléaire, de part et d'autre du rideau de fer de façon à ce qu'une attaque voit une réponse massive de la part du pays ciblé. Bien sûr, cette doctrine est une gigantesque tarte à la crème et ne réussit finalement qu'à provoquer une course aux armements, une course complètement aberrante qui est brillamment dessinée par Dr Folamour. La machine guerrière est conçue de telle façon qu'un simple dérèglement, symbolisé par la folie d'un général, ne peut conduire qu'à une chose : la fin de l'humanité.
Déséquilibre guerrier
Dr Folamour est donc un constat amer sur l'homme qui semble n'avoir qu'une 
Voilà, voilà, la chanson du soldatvolonté : précipiter son autodestruction. Ainsi la machine infernale (doomsday machine en VO), à savoir une riposte telle qu'elle détruirait le monde entier, n'est pas qu'une invention romanesque : l'idée a véritablement été étudiée par les Russes, mais heureusement abandonnée devant la trop grande probabilité d'accident... Dans Dr Folamour, dès la première étape de la guerre entamée, il n'y a quasiment aucune échappatoire possible : les bons soldats exécutent les ordres de leurs supérieurs, les systèmes électroniques répondent du tac au tac dans une escalade idiote de la violence qui aboutit, dans une scène d'anthologie, à l'Apocalypse atomique. Ce constat sur l'humanité est d'autant plus terrible que, même dans une situation désespérée, les hommes ne peuvent s'empêcher de se tirer dans les pattes : le diplomate russe espionne ses ennemis, le vieil antagonisme solution politique/solution militaire ressurgit. L'homme est absolument incorrigible. Et Kubrick le démontre remarquablement.
Anéantissement nucléaire
Mais le génie de Kubrick est de faire de cette histoire apocalyptique une 
Le téléphone pleurecomédie véritablement drôle truffée de scènes cultes. Qui peut oublier le Dr Folamour qui offre son nom au film, le prototype même du savant fou dont le bras droit a une tendance irrépressible à se lever bien haut et bien droit ? Dans ce film, Peter Sellers est d'ailleurs au top de sa forme : il endosse d'ailleurs trois rôles dans le film, Dr Folamour le savant, Merkin Muffley le président et Lionel Mandrake le colonel. Si, en tant que colonel Mandrake, il assiste avec un certain flegme à la paranoïa du général, le spectateur lui ne pourra que rire (jaune) devant cette folie et cette histoire folle de Russes voulant empoisonner les fluides de la population. Avec ce personnage du général, Kubrick dresse aussi un portrait édifiant de l'armée, portrait qu'il creuse avec deux autres énergumènes drôles et inquiétants, le général Turgidson et le commandant TJ King Kong, pilote du bombardier (qui devait lui aussi être joué par Peter Sellers !). Les deux restent associés à des scènes mémorables : le premier en expliquant d'une manière exaltée que ses gars sont les meilleurs (et que donc la guerre est inévitable) et le deuxième en chevauchant une bombe, une image qui fait désormais partie de l'imaginaire cinématographique mondial.
Dr Folamour est certainement une nouvelle fois une réussite de Stanley Kubrick. Il démontre toute l'absurdité de la course aux armements (que les dirigeants actuels ont enfin compris ?) tout en faisant passer un très moment aux spectateurs. Nul doute que l'air de When Johnny comes marching home, véritable fil rouge du film, ne sera pas prêt de vous quitter.
nazonfly []

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