« Je l'aime tant, le temps qui reste. Je veux rire, courir, pleurer, parler, et voir, et croire. Et boire, danser, crier, manger, nager, bondir, désobéir... J'ai pas fini, j'ai pas fini. Voler, chanter, partir, repartir, souffrir, aimer, je l'aime tant le temps qui reste... »
Quand on propose une séance ciné à ses amis, et qu'on leur propose un film français, on se trouve souvent devant une certaine difficulté : la moitié d'entre eux hésite, pour finalement dire non, les autres font étrangement les morts. Il faut dire que par film français beaucoup 
Mais, il va manger tout mon saucisson, ce traître !entendent « film dramatico-gentil-niais», cherchant à nous tirer les larmes des yeux en y mettant le paquet. Et bien là, les plus téméraires seront largement récompensés. Oui bon, effectivement c'est un film dramatique, plutôt que drôle, mais ça passe tout à fait bien.
On est face à un homme, la quarantaine avancée, avec une vie bien rangée, réglée au millimètre près : un travail dans lequel il excelle, une jolie femme, des enfants charmants, et on aperçoit même une belle voiture au fond du tableau. Mais voilà qu'un beau jour, peu ensoleillé, il décide de tout laminer à gros coups de hache, quittant boulot, femme et enfants en lançant violemment ses quatre vérités à la face du monde, sans aucune émotion apparente et regrets pour partir loin, très loin.
1h38 c'est plutôt court pour un film, alors imaginez, le temps d'un week-end pour tout faire valser dans une vie, c'est de l'express. Autant dire que le spectateur va devoir entrer en apnée, pas le temps de reprendre son souffle, et que les actions seront soudaines et violentes. On est mal à l'aise pendant toute la première partie du film, tenu en haleine devant cet homme qui s'autodétruit, car on peut bien dire là que le terme est approprié.
Le film consiste en fait à nous faire suivre le comportement étrange du protagoniste joué par Albert Dupontel, ses faits et gestes, sans avoir une réelle idée de ce qui se passe dans sa tête, sans savoir pourquoi ce vendredi là précisément tout bascule.
Le thème est assez universel, forcément une grande partie des spectateurs va se reconnaître dans ce personnage puissant, car, qui n'a jamais rêvé un jour de tout foutre en l'air, sans en subir de conséquences ? Puis on se rend compte avec la deuxième partie du film qu'un autre thème s'ajoute à celui-ci, expliquant le tout, et on se retrouve déçu de comprendre pourquoi l'homme à fait tout ça, de se dire que ce n'est pas juste parce que comme il dit si bien « ça me fait chier ». Bien que la seconde partie déçoive, elle est magnifiquement réalisée, on ne tombe heureusement pas dans la longue agonie, mais la faiblesse apparente du personnage que l'on préférait deviner dans sa colère, dans sa violence, dans la force tragique de l'homme qui fuit pour ne pas voir souffrir ceux qu'il aime, et qui perd malgré tout de sa stature au moment ou son père éprouve de la pitié pour lui étonne un peu et sépare vraiment le film en deux univers.
Le principal hic du film, auquel on s'habitue malgré tout, la surprise passée, réside dans le jeu un peu trop « Comédie Française jouant Britannicus » des acteurs dans toute la première partie, qui nous donne l'impression qu'on nous tend une pancarte dictant nos réactions, alors qu'on est déjà bien pris par le film. Ce qui est d'autant plus dommage quand on est en présence de deux acteurs de talent, servis par leur naturel (Marie-Josée Croze) ou par leur faciès très expressif (Albert Dupontel) et que du coup, on se retrouve complètement déstabilisé. Ce côté théâtral disparait totalement lors de la seconde partie, pour se transformer en un jeu d'une grande simplicité, plus naturel, surtout grâce à la performance du père, joué par Pierre Vaneck qui marque le rythme un nouvau rythme plus calme.
A la dernière image, surtout, ne vous levez pas de votre siège. Vous rateriez toute l'essence du film, les cinq minutes qui font dire que ce film était beau et juste. Un simple récit, résumant à lui seul les images passées, par la voix grave et prenante de Reggiani. C'est à cet instant que le spectateur aperçoit le génie de ce film : la vrai finalité, qui n'est pas celle des images, mais celle de ces quelques notes de musique accompagnant un texte complet, au plus prêt du sentiment violent de vie, ou de mort, de l'humain. Alors là, on respire un bon coup, mais en sortant de la salle, on garde cette petite boule au fond de la gorge, qu'on avait perdu après la fuite du héros, et qui est réapparu pendant ce générique de fin. Une simple et tragique histoire d'une vie, la votre, celle de votre voisin, ou celle d'un inconnu, peu importe.
« Combien de temps... Combien de temps encore ? Des années, des jours, des heures ? Combien ? Je m'en fous mon amour... Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore... Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul... Quand le temps s'arrêtera, je t'aimerai encore. Je ne sais pas où, je ne sais pas comment, mais je t'aimerai encore, d'accord ? »
NB : Les citations de début et de fin de chronique sont extraites de la chanson de Reggiani, Le temps qui reste.
Luz []

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