Inutile de présenter Dario Argento, le réalisateur. Argento le producteur est par contre moins connu. A la fin des années 80 et au début des 90, il est ainsi mentor de Michele Soavi, dont il chaperonne deux films avec parfois un peu trop d'attention : Sanctuaire, dont le sens visuel s'inspira du grand artiste Boris Vallejo, et la Secte, une très honnête resucée de Rosemary's Baby. Bien auparavant en 1985, Dario Argento payait sa dette spirituelle à Mario Bava, en encadrant son fiston Lamberto, alors lui-même en début de carrière. Une présence peut être lourde à assumer pour ce réalisateur attachant bien qu'inégal, dont l'étiquette "fils de" continu de lui coller à la peau, surtout lorsqu'il a le malheur de ne pas partir dans les délires baroques qu'affectionnait tant son père. On a peut être trop cherché un Mario 2 dans le cinéma de Lamberto, et les Demons sont ici pour nous rappeler que, sous les quolibets lancés à un réalisateur hâtivement taxé de tâcheron, il reste une filmographie, bancale mais réelle, à explorer d'un oeil neuf.
Si l'on en croit Dario Argento, l'intention de départ était de livrer avec Demons une sorte de triptyque infernal en forme de critique sous-jacente des médias. Information qu'il vaut mieux s'empêcher d'oublier devant le résultat final, pas très riche, plutôt fun et peuplé de zombies pas contents. De fait, mieux vaut voir en Demons I et II une sorte de réponse italienne à Evil Dead, et s'en tenir là. Par ailleurs, le pointilleux ne manquera pas de noter l'existence de non pas un mais deux Demons III. L'un est en fait un retitrage commercial d'un autre film de Lamberto Bava, La Maison de l'Ogre. Quand à son compère, il s'agit du Black Demons d'Umberto Lenzi, qui pour le coup se veut une véritable suite.
L'histoire de Demons premier du nom est à la fois très simple et très compliquée. Dans un cinéma où se projette un film d'horreur précédé par une promotion monstre, une jeune fille se coupe avec un masque de démon présent dans la décoration. Peu après, celle-ci se transformera en horrible créature, reproduisant là avec un étrange mimétisme ce qu'il se passe sur grand écran. Heureusement la suite est plus limpide, se limitant à une succession de chassés-croisés entre zombies/démons et humains, sans que le parallèle monde réel/monde fictif soit davantage mis en avant. L'affaire pourrait s'arrêter là, mais Demons a de quoi tenir tête à la concurrence. Des maquillages et effets tout crades signés Sergio Stivaletti. Une musique dynamique de Claudio Simonetti, leader des Goblins, qui en quelques leitmotivs bien placés vient rehausser quelques instants avares en tension. Et par dessus tout, un aspect décontracté, qui, outrepassant un budget l'on devine faible, permet quelques réjouissantes fulgurances. Comment oublier cette scène où le héros traverse le cinéma à moto (!) pour botter les fesses de ses adversaires dégoulinants. Au centre du casting, la trop rare Fiore Argento, "fille de" et "soeur de", illumine le tout de son charme subtil. Pas mauvaise actrice et plutôt jolie, son absence de carrière restera un des mystères du XXème siècle. Réalisation carrée pour spectacle rigolo, Demons sans être un chef d'oeuvre est un film rythmé, gentiment gore, parfaitement linéaire et porté par une bande son au diapason. Et puis un film qui termine mal ne peut pas être mauvais.
Plus tard en 1986, Dario Argento a de la suite dans les idées et embraye sur une suite de Demons, astucieusement baptisée Demons II. La trame, sensiblement identique, nous entraîne dans un immeuble en proie audites entités, à la différences que cette fois-ci, elles sortent directement des télévisions façon Videodrome. Inutile donc de chercher une quelconque originalité par rapport au premier opus, les péripéties étant orchestrées de la même façon : visionnage d'un film maudit+un peu de sang=grosse calamité. Pourtant, Demons II comme son aîné tire son épingle du jeu, cette fois par sa générosité. Le bestiaire s'agrandi, la métamorphose touche hommes, femmes, mais aussi enfants et chiens, les lieux d'action se multiplient...A l'aise derrière sa caméra, Lamberto Bava s'amuse et se prend pour Romero, trouvant le feu sacré lors d'une attaque dans un parking souterrain qui ne manque pas de piquant. Echantillon humain piégé -dont Asia Argento-, zombies aux design irrésistibles, Dead Can Dance à la musique, Demons II remplit son cahier des charges. L'amateur trouvera largement son compte dans cette série B dynamique malgré quelques maquillages douteux.
Vastes succès à leurs sorties, les Demons sont des dignes représentants de ce que le cinéma bis italien pouvait avoir de divertissant, de jusqu'au-boutiste et de créatif. Quand bien mêmes elles sont parfois ridicules, Demons I et II et leurs scénarios de série Z fourmillent d'idées et de scènes folles. A leur niveau, se sont des petits classiques du genre.
Lestat []

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