L'Irlande, c'est beau. Il y a de verts pâturages, des moutons, du whisky et des zombies énervés qui poursuivent des jeunes filles armées de talon-aiguilles. Et oui, car à force de faire manger n'importe quoi aux choses que l'on mange nous-même, il fallait bien que ça nous retombe sur le nez un jour. Pour le coup, c'est retombé sur celui des Irlandais, qui n'en demandaient sans doute pas tant à leur compatriote Connor McMahon (que d'os ! que d'os !), qui, ayant parfaitement assimilé ce qui fait la force et -soyons fou-, la vocation d'un film d'horreur, s'est servi d'un fait de société concret (la vache-folle) pour en tirer un pur film de genre aussi farfelu qu'alarmiste. Youppie !
Connor McMahon est un type généreux. Cinématographiquement parlant, tout du moins. Aussi bon marché que soit le DVD français, son bébé, Dead Meat, en donne pour son argent. Alors effectivement, tout film indépendant tourné sans le sou à son revers de médaille : ici, c'est l'utilisation du format DV, qui, tout en permettant de jolis plans d'extérieur à la photo soignée, donne néanmoins à certains passages une esthétique de mauvais porno - en plus de créer une certaine perplexité durant les scènes nocturnes-. Mais à côté de cela, il est heureux de voir que Connor McMahon a su réussir, malgré ses contraintes, à créer une atmosphère à la fois ludique et sérieuse, sans tomber dans le film de potes rigolard pour l'un et le navet pompeux pour l'autre. Son secret, c'est sans doute son audace. Et l'audace de Connor McMahon, c'est de vouloir nous faire peur avec une vache-zombie. Faire clin d'oeil à George Romero avant d'empiéter non sans brio sur son propre terrain, dans un final que l'on croirait échappé de The Crazies. Créer un film profondément irlandais à l'heure de la mondialisation. Et le pire, c'est que ça fonctionne de bout en bout. Si l'histoire de Dead Meat ne révolutionnera pas l'écriture scénaristique - c'est La Nuit des Morts Vivants, version Creutzfeld-Jacob et en Irlande-, son simplisme est également un avantage : avançant en terrain balisé tout en ayant les coudées franches, Connor McMahon peut ainsi se permettre une originalité salutaire. D'un part, par son sujet et d'autre part, en dynamitant littéralement ce que l'on devine être son film de chevet. Car là où La Nuit des Morts Vivants tirait toute sa force de la claustrophobie d'un lieu clos et d'un décor résolument neutre, faisant que l'horreur s'y déroulait dans un lieu anonyme, Dead Meat joue avec un malin plaisir sur la multiplicité des lieux et un dépaysement assumé. Tirant partie de la géographie de son beau pays, Connor McMahon créé ainsi une inquiétante ambiance champêtre, sa lande irlandaise renouant avec le statut mystérieux de sa cousine anglaise, telle qu'elle fut filmée par Terence Fisher dans le Chien des Baskerville.
Tout Irlandais soit-il, les classiques de McMahon sont pourtant bien américains. Et outre Romero, ce sont les noms de Sam Raimi ou Peter Jackson (Neo-Zélandais, soit) qui planent sur Dead Meat. Connor McMahon puise son dynamisme chez le premier et un certain sens de la démesure cartoonesque chez le second, pour croiser les deux lors d'un dernier acte survolté, où nos représentants de l'humanité, retranchés dans une tour en ruine, repoussent des flots de zombies avec tout ce qui leur tombe sous la main. Inutile de dire que la réussite de cette scène tient du tour de force et laisse rêveur quand à la carrière future du réalisateur. Connor McMahon, à la tête d'un Seigneur des Anneaux ? D'un Irish Braindead, ce ne serait déjà pas si mal...
Dead Meat est tous le contraire d'un grand film. Sa réalisation fluide et enlevée, son propos rafraîchissant, ses réjouissants effets gore et son dénouement dantesque n'en font pas moins une petite série B sympathique aux influences digérées. Plus que tout, Dead Meat est un de ces films qui redonnent le sourire et si il y a bien un reproche que l'on ne peut pas faire à Connor McMahon, c'est d'avoir oublié le plaisir du spectateur. Finissons là en déclarant Dead Meat d'intérêt public, car qui n'a jamais vu un zombie se faire tuer avec un aspirateur n'a rien vu du cinéma. Qu'on se le dise !
Le DVD
Il est légitime de ne pas attendre grand chose d'une galette vendue moins de 5 (!) et le plus souvent en supermarché. De fait, pas de surprise, le DVD contient le minimum syndical. Pour le prix, Antartic nous propose tout de même une image de bonne tenue (et au format), une VO et une bande annonce. Les amateurs d'interactivité devront se tourner vers le Z2 anglais, autrement plus fourni.
Lestat []

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