Seul occupant d'un fortin isolé, le lieutenant nordiste Dunbar tue le temps en attendant ses congénères. Au contact des Indiens des alentours, il va peu à peu s'intégrer à une tribu Sioux.
Open Range nous l'avait confirmé en son temps : le western, Kevin Costner a ça dans le sang. Une façon pour lui d'aborder ce qui semble être sa réelle fascination en tant que metteur en scène : l'histoire de son pays, passée ou à venir. Qu'il la relate à sa façon en produisant Wyatt Earp, biopic léché où la légende de l'Ouest nous est présenté comme une sorte de salopard fidèle à ses idéaux, ou s'en inquiète dans l'intéressant quoiqu'un tantinet neurasthénique Postman, dont la parabole développée a en tout cas le mérite d'une certaine photogénie. Ou encore qu'il la fantasme dans le film dont il est question ici, Danse avec les loups.
Le regard de Costner ne s'est jamais encombré pas de réalisme. Sa vision de l'Amérique est bienveillante, nostalgique, conservatrice diront certains. Ses films sont emplis de paysages idylliques et de personnages droits dans leurs bottes se battant pour des causes toujours justes et nobles. Un univers somme toute assez intimiste, qui laisse volontiers croire que Costner est né trop tard. A cet effet, Danse avec les loups se révèle être un film assez déconcertant où plutôt que d'y dépeindre l'Amérique en laquelle il croyait, celle qui n'existe plus, Kevin Costner rêve à celle qu'elle aurait pu être sans la bêtise des Hommes.
Scorsese, via un plan final sans équivoque de son Gangs of New York, nous disait en son temps que l'Amérique était née dans la rue. Costner, quelque part, nous rappelle que sous ces rues coulent le sang des Peaux Rouges, proprement massacrés par des colons en quête de terres promises. Pas à la manière d'une Flèche Brisée ou d'un Soldat Bleu, mais plutôt à la manière d'une sorte de cousin pacifique de Jeremiah Johnson. Plutôt que de dresser un portrait antagoniste entre les deux peuples, Danses avec les loups nous dépeint une culture, un art de vivre, de chasser et de se battre, que l'homme blanc a préféré dénigrer ou pervertir, et qui finira par disparaître sous les couches de la modernité.
Plus qu'un simple film pro-Indien, Danse avec les loups nous parle d'harmonie. Une harmonie avec les forces de la nature, une harmonie entre les peuples, où l’on peut communiquer sans pour autant s'envoyer des choses à la figure. Par le rire, la musique, le dessin ou par les actes, qui n'ont pas besoin de s'encombrer de mots. Il vient alors l'idée amusante que sorti trente ans plus tôt, cette ode contemplative à la paix et à la nature aurait fait un malheur chez les hippies. Tiens d'ailleurs, et si on exagérait ? Oh oui, exagérons : Danse avec les loups, c'est un peu le Hair de la guerre de Sécession. Les deux films sont construits de la même façon et partagent la même insouciance, la même légèreté, qui sera ramenée cruellement aux basses réalités de la vie. Et cette idée que l'avancée de la civilisation finira par nous perdre tous, alors que, fournissant ses amis Indiens en fusils pour les besoins d'une guerre tribale, Dunbar, tel l'apprenti sorcier face à ses balais, contemple ébahi ce qui ressemble de plus en plus à un carnage.
Si l'on peut prendre un certain plaisir à décortiquer Danse avec les loups, il se pose la question de savoir si cela en vaut la peine. Kevin Costner a-t-il autre chose à dire que ce que ses images racontent ? Sans doute pas. Danse avec les loups est avant tout une belle histoire, celle d'un homme qui s'ennuyait et qui, au contact de "l'autre" trouva un vrai sens à sa vie. Costner, par la bouche de Wyatt Earp, disait "seuls comptent les liens du sang. Les autres sont des étrangers". Quatre ans plus tôt, le même Costner démontrait, par cette oeuvre magnifique, que ce sont parfois les étrangers qui forment les liens du sang. Et que l'étranger, dans un pays pris de force, n'est pas celui que l'on croit. La tolérance, l'écologie, l'amour, le dialogue... tout ceci méritait bien sept Oscars.
PS : le guerrier sur son cheval avait une allure magnifique.
Lestat []

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