Borat, un nom en deux syllabes qu'il va falloir s'entraîner à bien prononcer en roulant le "r" et en accentuant le "t". Pourquoi ? Parce que dans deux mois, Borat sera déjà culte, tout simplement. Film le plus délirant, irrévérencieux et choquant de l'année (on peut même remonter beaucoup plus loin), Borat en est par la même occasion le plus drôle et surprenant. Tellement hors norme et énorme, il sera impossible de passer à côté de ce phénomène qui sera autant adulé que décrié. Les amateurs de la provocation et du mauvais goût le dresseront comme un chef d'oeuvre ultime alors que les membres des commissions de censure feront tout pour annuler sa sortie. Oui, le 15 novembre 2006, jour de sa sortie en salle, Borat fera l'effet d'une petite bombe.
Pour saisir la substance du film, il faut comprendre son personnage principal : Borat, un individu fictif créé par le comique britannique Sacha Baron Cohen, plus connu pour son rôle d'Ali G. Borat est un journaliste kazakh raciste, misogyne, rustique, extraverti et malgré tout attachant. Sorte de croisement improbable entre Michael Moore, pour son intelligence caustique et son sens de la répartie et Mickael Youn pour son audace et sa propension à l'exhibition, Sacha Baron Cohen est tout bonnement hallucinant dans cette représentation outrancière du pèquenaud étranger. Créé dans l'émission satirique de HBO Da Ali G show, ce personnage a ainsi eu le droit à son adaptation cinématographique. Attention, ça déménage.
Borat est envoyé par son gouvernement aux Etats-Unis afin d'étudier la culture américaine puis la relayer auprès de son pays. Seulement, ce travail va vite changer de direction et prendre la forme d'un "road-trip" de New York vers la Californie pour retrouver Pamela Anderson et l'épouser. Ce voyage sera l'occasion de faire de nombreuses connaissances. Accompagné d'un producteur et d'un caméraman, Borat va tester ses bonnes manières auprès d'un public américain qui n'était ni prêt ni au courant de ce qui allait lui tomber dessus.
Que de culot et d'insolence ! Jamais le cinéma n'avait osé aller aussi loin dans la provocation. Borat décape tout ce qu'il voit et le fait tellement fort qu'il risque de blesser de nombreuses personnes : les Kazakhs ou les peuples d'Asie Centrale en général, les Juifs (heureusement que l'acteur est juif lui-même, ça devrait lui éviter un bon nombre de procès), les féministes (voire toutes les femmes), les handicapés, les chrétiens ou les patriotes. Les plus touchés restent tout de même les Kazakhs, tellement l'humour est insultant sur leur mode de vie et leurs coutumes, fausses évidemment. D'ailleurs, Washington est déjà en crise diplomatique avec cet Etat à cause du film. Mais dans l'ensemble, les attaques de Borat sont tellement disproportionnées et décalées qu'elles ne peuvent être qu'irréelles et prises au moins au troisième degré. Cela dit, les discussions avec certaines personnes montrent que ce que lui appelle humour destructif est une idée partagée voire répandue par son ou ses interlocuteurs. De quoi faire froid dans le dos.
Toutefois, toutes les interventions ne sont pas toutes aussi drôles et versent très rapidement dans le mauvais goût. Pourquoi tous les types à l'audace folle doivent faire dans le trash et le graveleux en racontant des blagues sous la ceinture et en se retrouvant rapidement à poil. La lutte entre Borat et son producteur, tous deux complètement nus, illustre à merveille ce propos. Aussi osée que provocante, elle deviendra culte pour tous les fans d'humour obscène mais risque de choquer ceux qui étaient venus voir un brûlot sur la culture américaine. Ce n'était peut-être pas la peine d'aller si loin dans le vulgaire pour être marrant tant certains passages sont purement désopilants. Un bémol peut également être posé sur ce genre d'humour qui utilise des personnes à leur insu. C'est drôle tant que cela reste raisonnable mais il y a des bornes qui ne devraient pas être dépassées et que Borat franchit trop souvent. On peut lâcher une poule dans le métro, parler librement avec un américain ultra conservateur ou voyager avec des étudiants complètement bourrés mais c'est déjà moins facétieux quand il choque ou met en embarras quelqu'un gentil avec lui. Soit, c'est pour un film mais ce qu'il entreprend peut être dangereux voire traumatisant. En fait, il faudrait savoir si les personnes sont informées de la scène mais au vu des réactions si justes et spontanées, on doute que ce soit le cas.
Jamais on n'avait vu ça au cinéma, Borat est unique. Les gags les plus impertinents s'enchaînent sur un rythme effréné qui ne laisse aucun répit à un spectateur qui en sort épuisé mais heureux. Les bonnes idées pleuvent, tout le monde en prend pour son grade et le personnage de Borat est en passe d'être élevé comme un monument de l'humour trash et décalé. Malgré des excès de vulgarité déplacés, un must to see !
weirdkorn []

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