En seulement quatre films, Michele Soavi a réussi à s'imposer comme un réalisateur incontournable. Un statut qu'il doit presque exclusivement à ce Bloody Bird, un premier film qui lui servira de carte de visite et annonce sa future carrière. Entrant dans le métier par la petite porte, Soavi débute dans le 7ème art en faisant un peu de tout, du café à l'assistant réalisateur. Il hante ainsi les tournages de deux cinéastes qui deviendront ses mentors : Dario Argento, qui produira ses deux films suivants, La Secte et Sanctuaire, et Aristide Massaccesi, alias Joe D'Amato. Ce dernier, avant d'être un érotomane bien connu des amateurs de films polissons, était, et on l'oublie souvent, un producteur doublé d'un directeur photo talentueux (parmi ses faits d'armes, l'image de l'obsédant giallo Mais Qu'avez-vous Fait à Solange ?, chef d'oeuvre du genre). C'est ce même d'Amato qui donnera à Soavi sa chance en tant que réalisateur à part entière avec un petit film d'horreur, baptisé Aquarius, qui deviendra Bloody Bird. Se déroulant dans une unité de temps et de lieu, Bloody Bird décrit la nuit mouvementée d'une troupe de comédiens qui, enfermés dans un théâtre, se verront confrontés à un tueur fou ayant investi les lieux. Un scénario simpliste mais quelque peu revanchard signé Luigi Montefiori (alias George Eastman), réunissant les aspects du giallo (qui se meurt) et du slasher, dont la formule, ironiquement instituée par Mario Bava dans la Baie Sanglante, explose outre-Atlantique grâce à Sean Cuningham et surtout John Carpenter. Ce côté bicéphale, additionné au fait que l'Italie, dont l'industrie du cinéma est à l'époque en pleine débâcle, ne veut alors plus entendre parler de ce genre de film, font qu'il n'est pas difficile de voir en Bloody Bird un véhicule entièrement voué à l'exportation. Véhicule que la France su recevoir comme il se doit, lui adjugeant le Prix de la Peur au Festival d'Avoriaz 1987.
Si dans l'intention Bloody Bird témoigne du souhait de son équipe à faire revenir le slasher en terre italienne*, le film se montre pourtant bien comme une réponse tardive mais réelle à Halloween. Dans les deux oeuvres, un tueur mutique, échappé d'un asile et affublé d'un masque trouvé sur son chemin. Si le masque de Michael Myers, accessoire de farce et attrape, reste un objet conventionnel (dans la vraie vie, c'est dit-on un masque de William Shatner quelque peu modifié), celui de l'Oiseau Sanglant, déniché sur un costume de scène, accuse cependant l'exubérance de son pedigree transalpin. Un masque de hibou, imposant, superbe, intronisant dès lors son porteur comme un prédateur dont l'étrangeté touche au fantastique. Soavi gouverne sa barque, les pieds ancrés dans deux cultures de l'homicide. Un meurtre lorgne vers Psychose, un autre, coup de hache dévastateur, semble sortir tout droit d'un Vendredi 13. Et à côté de cela, des jeux de lumières empruntés à Argento, une manie de la fausse piste, un goût exacerbé pour la mise en scène, qui trouvera une résonance frisant la mise en abîme à l'occasion d'un plan féerique, où le tueur pose, sur scène, avec ses victimes sous une neige artificielle. Un plan qui trahi déjà la sensibilité de son réalisateur, qui par la suite n'aura de cesse de tisser des ponts entre son cinéma et l'univers de la peinture. Le sabbat de Sanctuaire, le clair-obscur de la Secte, les amants enlacés de Dellamorte Dellamore, des instants où Soavi quitte l'approche cinématographique pour composer des images, fignoler les détails, s'attarder... Avec le recul, la rencontre artistique entre Soavi et Terry Gilliam n'est pas une surprise. Quand au film qui les a réuni, les Aventures du Baron de Münchhausen, il va presque de soi. Sur Bloody Bird, Michele Soavi va également affûter son goût pour les univers clos et l'isolement, que ceux-ci soient réels ou symboliques. Son théâtre est un vivarium, où s'agitent des hommes, des femmes, empêtrés dans une vie qu'ils espèrent tous les jours meilleurs. Ils sont opportunistes, cyniques, sans doute prêt à tuer, à enfiler cette tête de hibou au nom d'un idéal qui est le leur. Des attitudes bien humaines. Heureux qui comme l'Oiseau Sanglant n'a pas toutes ces préoccupations...
Bloody Bird est un premier film. Soavi n'y est pas en pleine possession de ses moyens, il se cherche encore, sans doute encombré par l'ombre de Joe D'Amato. Il est arrivé tard, les maître sont derrières lui, il a tout à prouver. Ce coup d'essais, indéniablement réussi sans être extraordinaire, est le premier pas d'un cheminement qui conduira Soavi vers Dellamorte Dellamore, son premier film vraiment personnel. Mais ça, c'est une autre histoire...
*à voir, le reportage Bloodbath in Aquarius, où Luigi Montefiori, tout en restant évasif sur la dualité du film, affirme tranquillement que les Américains ont volé le concept du slasher à Mario Bava...
Lestat []

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