La guerre civile de la Sierra Leone démarre au début des années 90, par l'action sanglante d'un groupe armé baptisé Front Révolutionnaire Uni. Cette guerre, coûteuse en argent et en hommes, obligeait le FRU à s'approvisionner constamment en armes à feu. Le groupe trouva non seulement le financement nécessaire à son action par la prise de contrôle des zones diamantifères du pays, d'où était extrait un important gisement de diamants revendus au Libéria (qui à son tour exportait vers les pays occidentaux), mais aussi un vivier de soldats faciles à diriger au sein des villages ciblés par la guerre, par le biais de kidnapping d'enfants. Ces préadolescents, brutalement arrachés à leur famille et traumatisés, furent contraints de participer à de multiples meurtres et génocides, les enchaînant dans une spirale de violence qui les transforma en de parfaits petits hommes de main froids et inconscients.
« La mise au jour d'une ressource naturelle, diamants, or, caoutchouc, pétrole, etc, se solde presque toujours par des drames pour le pays où on la découvre [...] ». C'est ainsi qu'Edward Zwick présente la problématique de Blood Diamond, film à mi-chemin entre l'action explosive et le pamphlet un peu timide. Par le périple de deux âmes que tout (ou presque) sépare, il pointe du doigt la négligence des grandes corporations qui financent indirectement le terrorisme réactionnaire et provoquent des évènements tragiques dans les pays du tiers-monde. En quelques minutes, le décor est planté : Solomon Vandy (Djimon Hounsou), simple pêcheur Mende, est capturé par un groupe d'extrémistes africains pour travailler dans des mines de diamants ; Danny Archer (Leornardo DiCaprio), lui, est un mercenaire se faisant passer pour un revendeur d'armes. Le lien est tissé : le Front Révolutionnaire Uni, par ses méthodes esclavagistes, dispose de moyens financiers suffisants pour s'approvisionner en armes et faire régner la terreur parmi la population. Le message est simple, clair, mais ne se contente pas d'aborder le problème des « diamants de sang ». Il dénonce également le traitement infligé aux enfants par ces groupes terroristes organisés, qui n'hésitent pas un seul instant à recruter de force des préadolescents pour leur enseigner façon lavage de cerveau leurs principes et leur manière d'opérer (formation qui sera complétée par une approche brutale du monde des armes à feu).
Alors, Blood Diamond, film engagé ? Pas réellement. L'oeuvre, malgré son message fort, est avant tout un pur produit de divertissement où l'action conserve ses droits. Edward Zwick s'explique : « Je pense que la conscience politique peut être éveillée par une oeuvre de divertissement autant que par des discours. Rien ne nous interdit de traiter un thème provocant par le biais d'une histoire palpitante. En tant que réalisateur, je désire avant tout divertir, mais il est permis d'espérer faire bouger les choses en aidant les gens à prendre conscience des problèmes de notre temps. » L'intrigue tourne alors autour de deux personnages de pure fiction, aux destinées et aux objectifs très différents. Le premier, Danny Archer, voit le diamant rose comme la porte de sortie de l'Afrique et du monde instable qu'il côtoie chaque jour ; tandis que le second, Solomon Vandy, cherche avant tout à retrouver et sécuriser sa famille. Leurs motivations tourne donc autour d'un précieux caillou un peu plus petit qu'une balle de squash, légèrement rosie, mais d'une valeur absolument inestimable (que certains parviendront de toute façon à estimer). La route tracée jusqu'au diamant amènera douleurs, sacrifices, et effusions de sang, parabole évidemment volontaire à la problématique des diamants de sang.
C'est ainsi que d'un matériau puissant et profond, Edward Zwick extrait une histoire prenante qui durera plus de deux heures. La réalisation ne se verse jamais dans la prouesse acrobatique, mais se montre professionnelle jusqu'au bout de la pellicule, le minimum que l'on pouvait attendre du réalisateur de Glory (1989) et du Dernier Samouraï (2003), dans les scènes d'action comme dans les moments plus sages. La photographie est pour beaucoup dans la réussite du film, balancée entre couleurs chaudes et sèches, tout autant que la musique, pourtant discrète, qui emprunte généreusement aux sonorités africaines pour constituer une bande originale efficace et envoûtante. Un tableau qui ne serait pas très loin du chef-d'oeuvre, certes, si dans son désir d'être avant tout une oeuvre de divertissement, le film ne se laissait pas de temps en temps harponner par un scénario assez porté sur les clichés du cinéma d'action, l'exemple le plus probant étant cette faculté que le hasard affiche pour arranger les choses quand tout semble perdu (vous savez, cette petite période de quelques secondes où un héros est sur le point d'être assassiné et se retrouve sauvé par un évènement incontrôlable qui relève de la chance honteuse).
Pire, quelques scènes se paume dans le buddy-movie le plus primaire, reléguant Djimon Hounsou, pourtant personnage et matériau principal du film, au rang de faire-valoir de Leonardo DiCaprio. Ce dernier se paye également le luxe de participer à une romance en toc ciselée entre son personnage et une journaliste engagée et débrouillarde (interprétée par Jennifer Connelly), comme si une histoire ou même un héros masculin ne pouvait exister sans une petite larmichette sentimentale. Il suffira alors à Danny Archer d'alléger son coeur et sa conscience pour arracher un brin de compassion de la part de la scribouillarde et gagner à plus ou moins long terme ses faveurs.
Je râle, bien évidemment, sur les relations entre personnages, car il est difficile de constater ce genre d'imperfections quand un trio d'acteurs met autant de bonne volonté dans leur composition. Leonardo DiCaprio montre une nouvelle fois son aptitude à se saisir d'un personnage et à s'élever au-dessus des autres par sa présence et son jeu, tandis que Djimon Hounsou, malgré le peu dapprofondissement qu'il suscite au cours du film, incarne à la quasi-perfection le désespoir d'un père de famille et, au dans une mesure plus large, d'un continent tout entier.
On ne peut s'empêcher de penser à Lord of War, même si le traitement se montre très différent. Blood Diamond est un parfait petit condensé de prise de conscience politique et d'action, mené par un trio d'acteurs bien dirigés et bien préparés, qui a le mérite de pouvoir être regardé aussi bien comme un divertissement que comme un petit pamphlet.
Nicolas []

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