Je dois le confesser, j'étais heureux de me rendre à cette projection presse. J'en fredonnais même le générique dans le métro, avant la séance. Il faut dire que L'Agence tous risques a "bercé" ma tendre jeunesse avec son premier degré assez crétin, sa violence édulcorée, et ses bagnoles qui explosaient en vol au moindre impact. Pour moi, comme pour beaucoup d'autres j'imagine, un "Barracuda" est un grand black cogneur avec une crête iroquoise et des chaînes en or, et rien d‘autre (et surtout pas « une espèce de poisson carnivore de grande taille »).
Regarder un épisode aujourd'hui sans fondre de rires n'est pas facile, tellement la série a pris un sacré coup de vieux. Entre le générique VF (un peu) nanar, le montage vidéo souvent foireux, la pauvreté et la récurrence des intrigues, et la quantité d'énormités que l'on essaye de nous faire avaler, il vaut mieux ne pas se montrer trop exigeant si l'on veut apprécier un tant soit peu nos quarante minutes de vidéo basse qualité. Là est la problématique du film : comment concevoir de l'intérêt à partir d'une série qui en manque pas mal, et cela sans la dénaturer ?

L'Agence tous risques version cinéma se positionne comme une sorte de préquelle à la série, une introduction à leur vie de mercenaires telle qu'elle est présentée plus tard, mais également à leur entente très cordiale et même parfois franchement amicale. C'est ainsi qu'Hannibal rencontre tous les futurs membres de la fameuse « A-Team » au cours d'une mission pas bégueule sur l'action, et sans se prendre trop la tête. Pas d'embellissement, pas de fioritures, ils se rencontrent au détour d'une route ou d'un couloir d'hôpital, et deviennent en une explosion spectaculaire et une petite ellipse l'escouade la plus méritoire du coin. Ce qui annonce la couleur pour le reste à venir : le film ne va pas trop vous solliciter le ciboulot, il n'est pas là pour ça. L'Agence tous risques est précisément ce qu'il doit être : un actionner pur et dur, gavé de scènes d'action impressionnantes et évidemment peu crédibles, dont le but absolu et unique est de divertir l'amateur du genre. En d‘autres termes, il ne s'agit ni plus ni moins que d'un épisode des années 80, mis à la page du troisième millénaire et gonflé de dizaines de millions de dollars. Et c'est exactement ce que l'on voulait : Looping qui fait son foufou avec son avion, Hannibal qui fume un cigare, Futé qui drague à tout va, et Barracuda qui fait de la soudure entre deux bastons.
Au-delà des situations abracadabrantesques dans lesquelles l'équipe se fourre, et du sérieux incroyable que l'on a insufflé à la bande-annonce, il y a l'humour. Le film prête à sourire de nombreuses fois, par la saveur des relations entre les membres de l'Agence d'une part, mais aussi parce qu'il ne se prend à aucun moment au sérieux. Présentée dans la bande-annonce, cette scène de shoot en tank parachuté semblait too much tel qu'elle nous l'était présentée, et pourtant, dans sa version complète, elle se révèle amusante et bien barrée. Toujours pas crédible, certes, mais c'est peut-être cela qui lui donne ce petit fumet irrésistible. Ca, et bien sûr les inévitables caractères de cochons dont se dotent les personnages. Leur relation fonctionne exactement de la même façon que dans la série, et l'on retrouve avec plaisir les petites caractéristiques de chacun des protagonistes : Hannibal échafaude des plans d'une complexité atroce entre un cigare et sa fameuse réplique « J'adore qu'un plan se déroule sans accroc ! », Futé baratine son monde avec son grand sourire et sa verve prolifique, Barracuda flippe rien qu'à l'idée de montrer dans un appareil volant, et Looping raconte n'importe quoi en faisant des vrilles avec son hélicoptère.
Ce qui nous amène à parler du casting, dans l'ensemble réussi. Le choix de Sharlto Copley dans le rôle de Looping a de quoi étonner, mais l'acteur ne s'en sort pas si mal bien que très loin d'égaler le regard hallucinant et la prestation générale de Dwight Schultz (l'acteur de la série). Le personnage semble de fait moins aliéné que ce qu'il a pu être par le passé. Quoiqu'il en soit, carton plein pour Liam Neeson et Bradley Cooper, impeccables tout du long. Tout naturellement, ils parviennent à se démarquer des personnages incarnés par George Peppard et Dirk Benedict sans pourtant les dénaturer. Ce n'est pas que ceux-ci étaient des modèles d'écriture, mais il y avait tout de même une certaine stature à respecter ; ce que visiblement, Quinton Jackson ne possède pas. Impossible de ne pas le comparer à Mister T., l'homme qui a fait exister le personnage. Quinton ne joue pas spécialement bien, n'est pas franchement expressif, et ne fait jamais peur. Mister T. était, lui, l'incarnation même de l'inquiétude, sa présence était impressionnante, son sourire était impressionnant, ses coups de gueule étaient impressionnants. N'y avait-il donc personne d'autre pour prendre la relève ?
Pour tout ça, L'Agence tous risques ne fut pas une mauvaise surprise. En tant que divertissement d'action, l'ensemble tient debout, mixe avec bonheur des scènes d'action très impressionnantes avec une bonne dose d'humour, de quoi nous refiler la banane pendant la séance. Il n'y a certes aucun espoir culturel dans ces 120 minutes d'explosions, mais pour une adaptation de classique des années 80, on a déjà vu bien pire. J'en fredonnais le générique dans le métro du retour, tiens.

Nicolas []

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